Jean-Paul Votron (Fortis) - 2ième partie |
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![]() Qu'est-ce qu'il faut garder, changer, améliorer, arrêter ? Garder : Il est indispensable de conserver les valeurs fondamentales de la vie qui sont principalement l'esprit d'entreprise et l'esprit de travail. Si ces notions ont disparu, alors il faut les recréer rapidement et il faut aussi réviser l'ambiguïté entre-elles, c'est à dire la différence entre travailler moins et travailler plus dur. Je reste convaincu que le laxisme ambiant au sujet du chômage est préjudiciable et que l'on devrait oeuvrer collectivement pour redresser les choses, car cette situation peut évoluer favorablement si on s'en donne les moyens. Il faut amener la réflexion et l'action à la recherche d'un meilleur niveau de qualité, car on peut produire de la qualité en créant de l'emploi. Il suffirait juste de remettre à l'ordre du jour un certain nombre de points à revaloriser, mais qui demandent simplement d'y travailler un peu. Je prends un exemple : aujourd'hui, si on n'a pas un diplôme universitaire on a peu de chances de réussir sa carrière, alors qu' il y a pourtant de nombreuses autres voies pour réussir. Travaillons davantage à l'amélioration de la qualité, dans son aspect global : qualité de vie, propreté dans la ville, sécurité des personnes et des biens, qualité de l'enseignement, des soins médicaux, il y a beaucoup à faire dans tous les domaines. J'espère donc qu'on reviendra rapidement à ces notions de base. La perception de l'ambition devrait également être revue. On ne met pas suffisamment en valeur cette notion. On ne structure pas suffisamment l'image positive de l'ambition, dans son sens noble. Pourtant elle se décline sous différents aspects, très productifs comme l'ambition du travail bien fait ou l'ambition de se dépasser, par exemple. Quelle est donc l'ambition de la Belgique aujourd'hui, de Fortis, de l'ICHEC... ? Il suffirait simplement d'accepter de se poser la question et, croyez moi, il y aurait un pas, un grand pas en avant de fait ! Améliorer : On devrait recentrer l'existence de l'entreprise autour de la « valeur client ». Les salaires des personnels d'une société peuvent être payés grâce à la confiance de la clientèle... il faudrait ne jamais l'oublier. Arrêter : l'introversion ! Tous les risques importants qui menacent les entreprises sont liés à l'introversion. Il est préjudiciable de trop se regarder. Une attitude extravertie est garante de prospérité et d'évolution d'une entreprise. Je pousse très fort cette notion chez Fortis. Je dis toujours que ce n'est pas la part de marché qu'on détient qui est importante mais celle qui nous reste à conquérir ! Ce que j'appelle « l'attitude extravertie » s'applique également aux nations. Si la Belgique adoptait ce principe, on réfléchirait comment positionner Bruxelles en tant que plate-forme internationale, comment promouvoir le port d'Anvers pour le rendre plus compétitif que Rotterdam, comment cadrer Zeebrugge ou la sidérurgie dans le monde actuel.
Si vous démarriez votre carrière aujourd'hui que feriez vous ? « Je ne changerais rien et je dirais même mieux, je réutiliserais la même méthode » Apprendre les affaires et comprendre l'entreprise par la base ! Si je démarrais ma carrière aujourd'hui chez Fortis, j'essayerais tout d'abord de comprendre le mode opérationnel de l'entreprise car c'est ce point là, tout à fait essentiel, qui fait la différence entre les très bons managers et les autres. Pour tirer le maximum de résultats d'une entreprise il faut en comprendre le moteur, c'est à dire tous les aspects techniques de fonctionnement et tous les rouages, car si on n'a pas assimilé ces facteurs, alors il n'y aura aucune chance d'arriver à développer l'affaire. Il faut également, comme je vous l'ai dit antérieurement, comprendre la dimension culturelle de l'entreprise, au sens large du terme, pour pouvoir l'influencer dans le bon sens. Il est donc indispensable, avant toute chose, de se poser les bonnes questions, de décortiquer entièrement les processus et d'analyser l'ensemble de la situation et des positions de l'entreprise. Un exemple : Fortis est présent dans plus de cinquante pays, dont la Belgique et les Pays-Bas représentent une forte entité. La complexité réside donc dans le fait de bien comprendre les différences de culture car on pourrait croire qu'il est réalisable d'exporter des savoir-faire du Benelux vers la Malaisie ou la Thaïlande, ce qui serait une démarche seulement partiellement valable. C'est le tournant que j'impulse aujourd'hui chez Fortis : nous sommes une entreprise internationale et plus uniquement Benelux. Gardons déjà à l'esprit que 10% de notre personnel, rien moins que 5 000 personnes, est en Turquie, et là nous aurons déjà commencé à intégrer la réalité de l'internationalisation de notre entreprise.
Quel est aujourd'hui votre plus gros souci ? « Je serais tenté de dire que c'est la différence de développement que l'on constate à l'échelle mondiale » La disparité des taux de croissance dans nos pays comparés à ceux de la Chine, de l'Inde ou de l'Europe Centrale est un réel souci dont les conséquences ne sont pas encore forcément mesurables à l'heure actuelle dans nos entreprises. Nous ne sommes pas vraiment au fait de ce qu'implique une économie à croissance presque nulle dans nos pays de l'occident, en Belgique ou en Europe de l'Ouest, conçus sur des modèles intégrant des avantages acquis importants qui, aujourd'hui, se transforment en véritable désavantages, je dirais même en handicaps, par rapport à ces nouveaux intervenants économiques. Le niveau des salaires dans les pays émergeants, le creuset de compétences intellectuelles accrues de ces nouvelles populations vont complètement bouleverser les données actuelles et nous sommes tout à fait « endormis » à cet égard. Nos civilisations n'ont pas encore été capables d'imaginer vivre sans les avantages acquis d'une société hyper-protégée dont, malheureusement, la croissance faiblit de jour en jour. Personnellement, mon gros souci ne se situe pas en tant que dirigeant de Fortis, puisque nous sommes également présents dans ces pays et que notre société bénéficiera de ce développement, mais pour l'ensemble des acteurs économiques de la Société dans laquelle nous vivons. Il est temps de se préoccuper très sérieusement de l'aspect du « produit Belgique» vis-à-vis de l'étranger mais ça demande des prises de position de nos décideurs. Malheureusement les dirigeants gouvernementaux savent bien que c'est sur le plan local que les changements agissent sur l'électorat, bien plus que sur le plan international. Il semble qu'on n'ait pas suffisamment compris que ce positionnement soit le point essentiel, qui par ailleurs serait créateur d'emplois. Nous avons la chance d'être un pays au coeur du monde et c'est une « carte » extraordinaire que nous jouons trop peu. © Top Management – Express.be |
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