Jean-Paul Votron (Fortis) |
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![]() Vos plus belles joies : « C’est clairement et définitivement l’expatriation ! » Je suis convaincu que ce sont ces périodes qui m’ont le plus apporté, tant sur le plan professionnel que personnel. Les Etats-Unis m’ont plus particulièrement marqué, même si j’ai travaillé un peu partout, en Europe, en Asie, en Afrique. De tout cela, ce qui m’a le plus frappé c’est la culture du business américain.
Les personnalités que vous avez admirées : « La médiatisation démesurée peut provoquer de l’admiration pour certaines personnes sans que ce soit fondé sur leur véritable caractère, talent ou aspiration ». En général ce ne sont pas des gens connus ! Je n’ai jamais eu – même si c’est un peu dur à dire – d’admiration pour des gens connus. Peut-être tout simplement parce que lorsqu’ils sont célèbres c’est pour un aspect particulier de leur personnalité qui ne correspond pas forcément à ce qui m’impressionne chez les êtres humains. En ce qui me concerne, j’aime bien les gens complets, qui ont plusieurs « dimensions » si je puis dire. Les personnalités « unidimensionnelles » ne m’intéressent pas beaucoup. Des personnes comme Etienne Davignon qui ont plusieurs facettes dans lesquelles elles excellent, m’impressionnent par leur capacité à se retrouver dans tout ce qu’elles font. Lui, par exemple, il aime le football, il comprend la politique, il est capable de négocier une très grosse affaire… et cela force mon admiration.
Qu’est-ce qui vous a davantage motivé tout au long de votre parcours ? « Lorsque j’ai décroché mon diplôme, je n’avais qu’une seule motivation : partir à l’étranger ! » J’avais dit à ma femme « ma vie, c’est partir ». Dans tout ce qui m’a poussé à organiser ma carrière comme je l’ai fait, je retiens des éléments précis comme le goût du travail bien fait, les expériences multiples, tout cela répondant à une logique précise et bien définie. J’ai aussi dû faire des sacrifices. En tous cas ce qui m’a poussé n’est en aucun cas l’ambition car l’argent n’est pas mon moteur. Bien sûr, je suis comme tout le monde, j’aime avoir un certain confort de vie, mais on ne peut manger que trois fois par jour et on ne roule que dans une voiture à la fois ! Quand on a compris cela, on avance plus vite. L’argent représente surtout la reconnaissance de la valeur de l’homme sur le marché des affaires. Prenons un exemple : quand Johnny Hallyday donne un concert à Forêt National, je suppose qu’une de ses motivations est qu’on reconnaisse son talent de chanteur, et cela passe par le montant de son cachet, ce n’est pas plus compliqué que ça. L’argent est en rapport avec la perception que les autres ont de nous…nous avons donc tous notre « valeur marchande » si j’ose m’exprimer ainsi. Ce n’est pas non plus par hasard qu’on gagne beaucoup d’argent…je n’en crois pas un mot. Je sais que je n’ai pas bâti ma carrière sur l’argent et d’ailleurs en 1973, je n’avais aucune notion du sujet. Par contre j’ai toujours respecté un principe très simple et ce, tout au long de ma carrière: l’argent doit se gagner. C’est donc ce que j’ai fait et ce qui m’appartient je l’ai gagné par moi-même. Je n’ai jamais eu de dettes non plus. Je suis convaincu qu’il existe de très nombreuses opportunités de gagner sa vie et qu’il n’est pas indispensable d’être ingénieur, licencié, super diplômé… tout le monde peut gagner sa vie, s’il le veut! Ma seconde règle de vie est que je ne veux pas être obligé de dire merci à qui que ce soit. C’est un principe qui a dicté ma conduite tout au long de ces années et j’ai toujours voulu gagner ma vie grâce à mes qualités et mes compétences, donc par mon travail. Le pouvoir en soi ne m’intéresse pas non plus et je pars du principe qu’il s’acquiert par les compétences. Si on planifie sa carrière sur le pouvoir, à un moment ou à un autre le niveau de compétences ne servira plus qu’à se maintenir au pouvoir, et alors la fin ne sera pas loin car le pouvoir sans les compétences ne dure pas. En 1973, je trouvais déjà la Belgique trop étriquée et franchement je trouve cela n’a pas beaucoup changé. On parle toujours des mêmes problèmes ! Pour moi qui suis un pur produit belge, (ma mère est flamande et mon père francophone ce qui fait que j’ai reçu une éducation complètement biculturelle) j’ai toujours considéré la Belgique comme ne voyant pas de manière très claire, la solution à son problème. C’est sûrement le fait d’avoir vécu à l’étranger qui me donne une autre approche des choses, mais si on me demandait de proposer des solutions, j’initierais la Belgique encore plus à l’ouverture internationale. Il est indispensable d’avoir une vue large des choses. J’avais déjà cette vision en 1973, alors vous comprenez mon état d’esprit 30 ans après !
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