Philippe Pellegrino (Bruxelles Gourmand) |
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![]() Qu’est-ce qui est/sera vraiment différent par rapport aux 20 dernières années ?
« Le phénomène d’accélération »
Je suis convaincu que les 20 prochaines années seront fondamentalement différentes des 20 précédentes. L’accélération de la vie est phénoménale, tant sur le plan des technologies que sur le plan social et, de tout ce qui se passe dans le monde. J’ai bien peur que l’éclairage du chemin parcouru ne soit plus très utile pour ce qui nous attend demain. Cela a des conséquences directes et inéluctables à tous les stades car l’appréhension des nouveaux modèles de société passe par des facteurs comme l’âge des sujets dirigeants, leur formation, leur préparation à de nouvelles donnes et je ne suis pas du tout certain que l’expérience qui était indispensable dans le passé puisse avoir une influence aujourd’hui dans les modes de fonctionnement. Nous allons entrer dans un modèle économique mondialisé, dans lequel le rôle de l’Europe, de la Belgique, ou de la PME en Belgique, va devenir totalement accessoire et je dirais même dérisoire. Lorsqu’on a un peu de recul dans la vie, on se demande à quoi sert ce qu’on fait. Et, s’il y a 20 ans, ce n’était pas facile de se convaincre de son propre rôle, alors dans la société globale que nous préparons, cela deviendra presque impossible à interpréter. Cela entraînera des modifications fondamentales des mentalités et des perceptions humaines. Le sens que les gens se font de l’identité va se trouver en parfait décalage par rapport au vécu actuel et l’intégration des êtres humains dans ce monde totalement globalisé et consolidé va être de plus en plus difficile. Difficile ainsi de retrouver des repères, des modèles, et les gens ne savent plus où est le pouvoir, quels sont les véritables intérêts et comment ils doivent se situer par rapport à tous ces facteurs. Les sociologues ont mis en évidence le paradoxe du bonheur : toutes les composantes du bonheur mises ensemble ne génèrent pas plus de bonheur. Le monde présent ne permet pas aux hommes d’être heureux, alors qu’il n’y a jamais eu autant de richesses qu’aujourd’hui ! Nous faisons les premiers pas vers un monde où la désidentification,, sera l’enjeu majeur du management de demain. Il serait utile que les peuples restent impliqués dans le modèle actuel et, surtout, qu’ils gardent la sensation d’exister. Souvent, aujourd’hui, ils ont tendance à rejeter l’identité du modèle, à la casser en voulant modifier les choses.
Qu’est-ce qu’il faut garder, changer, améliorer, arrêter ?
« Garder un modèle de société humaniste auquel les hommes peuvent s’identifier »
Garder : Je serais tenté de dire que tout ce qui va créer des « sphères » proches des hommes, c’est-à-dire des sphères culturelles, spirituelles, économiques, auxquelles les gens pourront accéder et s’identifier, sera positif. Le modèle historique sur lequel notre mode de vie est construit devrait subsister encore quelques années (10,15 ou 20 ans) avant de changer, comme tous les modèles dans tous les cycles. Il est logique de penser que celui-ci, dans notre système actuel, perdurera aussi longtemps que la croissance dans le monde. Nous continuerons sur ce modèle tant que les pays asiatiques tireront la croissance mondiale. Lorsque les pays asiatiques, et surtout la Chine, arriveront à maturité sur le plan du développement libéral et que leur modèle économique global sera déterminé, nous entrerons dans une phase de réforme de ce modèle et, alors, on reviendra probablement à des aspirations et à des modes de vie plus proches des préoccupations philosophiques de la population. En Europe, plus qu’ailleurs encore, nous devons garder un véritable sens humain. Il faut, malgré tout, admettre qu’on ne rendra pas 6 milliards de gens heureux en utilisant les mêmes méthodes partout, c’est une évidence. Arrêter : arrêter de croire que ce qui est loin et immense a plus de valeur que ce qui est proche et petit.
Si vous démarriez votre carrière aujourd’hui que feriez-vous ?
« Des études, un passage obligé dans une multinationale, et surtout j’irais plus vite à l’essentiel »
Il n’est pas dit que je redémarrerais une nouvelle carrière. Le fait de s’exprimer uniquement dans le modèle économique n’est pas la seule possibilité d’expression. Il existe sans aucun doute d’autres aventures à vivre… Si j’avais fait des études, je n’aurais probablement pas démarré autrement pour autant, et je pense que j’aurais fait le même parcours. Je reste convaincu qu’un passage de 5 ans dans une multinationale de référence est une excellente expérience. Ensuite j’aurais remonté des entreprises mais avec la volonté d’aller beaucoup plus vite à l’essentiel.
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