Après le printemps, l’automne?

La place Tahrir, symbole de la révolution égyptienne, est en train de devenir la place des Martyrs. Les policiers, à la botte des militaires qui ont confisqué le pouvoir après la chute de Moubarak, tirent à vue et sans sommation sur des manifestants dont le seul crime est de réclamer l’instauration d’un gouvernement civil, séparé du pouvoir militaire.

Un régime démocratique. Où le militaire se retrouve sous la coupe du politique et non l’inverse. Faute de quoi, un tel régime répond ni plus ni moins à la définition d’une junte militaire avec son cortège sanglant d’arrestations arbitraires, de procès lapidaires, d’exécutions sommaires.

Les Égyptiens ne veulent pas être à nouveau les victimes de l’Histoire. Ils tiennent à leur idéal d’une révolution pacifique qui instaurait la liberté comme principe fondateur, liberté de conscience, liberté de mouvement, liberté religieuse.

Les militaires de l’ancien régime ne l’entendent visiblement pas de cette oreille. Accrochés à leurs privilèges, régnant en maîtres absolus sur un pays en proie à l’anarchie, dépositaires de l’ordre et de la loi, ils ne tiennent pas à rentrer dans leurs casernes pour passer leurs journées à attendre des ordres venus d’un gouvernement élu par le peuple. Choyés par Moubarak, ils craignent que les enfants de la Révolution ne leur confisquent leurs jouets et ne les reconduisent à la porte de leurs garnisons.

Les Égyptiens n’ont plus le choix. Pour s’affranchir d’un pouvoir larvé qui s’accroche encore à son rêve de domination, il leur faut défier envers et contre tout, ces forces contraires à leurs aspirations légitimes. S’ils ne veulent pas avoir à subir les travers d’un régime autoritaire et borné, ils ne doivent à aucun prix relâcher leur pression. Quitte à payer de leur sang. Les lendemains des révolutions sont souvent sanglants mais c’est dans ces moments-là que leur sort se joue.

L’instant est décisif. La moindre hésitation pourrait être fatale au mouvement révolutionnaire. La jeunesse le sait. Elle est le futur de l’Égypte, et si ce futur ne veut pas avoir les mêmes accents tragiques des dictatures passées, elle doit tenir bon et se souvenir que la marche d’un peuple, affranchi de la peur de ses bourreaux, est inarrêtable.

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Laurent Sagalovitsch

Fils de père anversois, Laurent Sagalovitsch était belge jusqu'a l'age de 18 ans. Maintenant il vit à Vancouver. Il collabore à Liberation, Slate, Les Inrockuptibles, entre autres. Il aime le foot et pas mal d'autres choses. Son dernier roman paru: «La métaphysique du hors-jeu», aux éditions Actes Sud.

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21/05/2012 15:03