Ces technocrates qui nous gouvernent

Les démocraties vacillent sur leurs socles. Plus elles s’enfoncent dans la crise, et plus les citoyens ont l’impression que leurs gouvernants ont été supplantés par des technocrates en culottes courtes qui, dans le confort douillet de leurs agences de notations et autres organismes régulateurs, FMI, BCE et consorts, orchestrent, selon leur bon vouloir, la marche des économies nationales.

Détenteurs de pouvoirs exorbitants, ils font valser les gouvernements, dictent leurs lois martiales à des parlements apeurés, sermonnent des présidents qui, le doigt sur la couture, leur obéissent au doigt et à l’œil et menacent ceux qui ne tiendraient pas compte de leurs recommandations de sanctions immédiates.

Ils ne coupent pas encore les têtes mais c’est tout comme. Agissant dans l’ombre, ne dévoilant jamais leurs visages ou leurs noms, ne possédant aucun mandat électif, ce sont les nouveaux inquisiteurs des temps modernes. Les croisés de la rigueur à tout-va, les preux chevaliers qui lavent plus blanc que blanc, les assainisseurs scrupuleux de nos finances publiques qu’ils étranglent de leurs mains silencieuses.

Qui sont-ils ? Nul ne le sait. Ils opèrent à coups de communiqués assassins, de déclarations fracassantes, de mises en demeure envoyées à des chancelleries qui tremblent devant elles, comme tremble le mauvais élève qu’on renvoie visiter le bureau du proviseur.

Les citoyens ne s’y retrouvent plus. Ils pensaient avoir élu des personnes censées les représenter et ils découvrent, stupéfaits, que les centres de décision se trouvent ailleurs que dans les sphères gouvernementales, que le sort de leur économie se décide dans des confréries mystérieuses, lors de conseils d’administration fantoches.

Pour l’instant, les peuples exsangues et fatigués ne bronchent pas et adoptent un profil bas. Le jour où ils se révolteront, les technocrates devront apprendre à courir vite. Très vite. Faute de quoi, ils apprendront à leur tour que le mot rigueur ne s’applique pas seulement à des économies trop dépensières. Quand elle s’applique à des individus, cela finit généralement mal.

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