DSK: La vérité est ailleurs

On peut parier que dans quarante ans encore, on glosera à l’infini sur l’affaire DSK, que dans les bibliothèques municipales, des rayons entiers seront consacrés aux évènements survenus lors de cette fameuse matinée du 14 mai 2011, et que pour les nouvelles générations, nées dans les années 2000, un « l’affaire DSK pour les nuls » servira de piqûre de rappel. Exactement comme l’assassinat de JFK qui continue aujourd’hui encore à fasciner les imaginaires collectifs et à alimenter les rumeurs les plus folles et les plus contraires sur les véritables commanditaires de l’exécution du président américain.

Les dernières révélations du journaliste d’investigation d’Edward Epstein pèseront peut-être d’un poids décisif dans le devenir de cette affaire qui nous tient en haleine depuis des mois maintenant. Un BlackBerry piraté et introuvable, des mails qui se retrouvent dans la conciergerie de l’UMP, des employés survoltés qui entament la danse du ventre, un mystérieux visiteur planqué dans la suite d’à-côté, des gens qui rentrent, qui sortent, des portes qui claquent, et au milieu de cette tragicomédie à la Feydeau, Nafissatou Diallo, passant d’une chambre à l’autre à la vitesse de la lumière, au point de donner le tournis aux enquêteurs.

Des décomptes qui s’effectuent désormais par seconde, qui a fait quoi, à quelle heure, où, comment, pourquoi, on en perd son latin, son grec, son flamand, on ne sait pas, on ne sait plus, on est perdu. Chacun y va de son explication, tout le monde à sa théorie, et personne ne sait rien.

Reste qu’en ces temps où l’Europe se craquelle, où les citoyens se demandent de quoi sera fait demain, les mésaventures supposées arrivées à l’ancien directeur du FMI ne passionnent plus les foules.

Comme dans les couples divorcés, ce qui peut désormais arriver à l’autre ne nous concerne plus. On accueille les dernières nouvelles, aussi sensationnelles soient-elles, avec un mélange d’indifférence et de résignation.

A vouloir mener de front une ambition présidentielle tout en continuant à assouvir ses pulsions libertines, DSK s’est brûlé les ailes et a rompu son histoire d’amour avec les français. Son sort ne nous intéresse plus. Quand bien même demain, on nous apporterait, cartes sur tables avec preuves irréfutables à l’appui, qu’il a été la victime d’un infâme complot, que cela ne changerait rien à notre sentiment : celui d’avoir été trahi et cocufié par un homme qui avait porté haut nos espoirs et dont le comportement, dans la conduite de sa vie privée, nous laisse à penser que finalement, entre des filles de joies et nous, il aurait toujours préféré ces dernières.

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Laurent Sagalovitsch

Fils de père anversois, Laurent Sagalovitsch était belge jusqu'a l'age de 18 ans. Maintenant il vit à Vancouver. Il collabore à Liberation, Slate, Les Inrockuptibles, entre autres. Il aime le foot et pas mal d'autres choses. Son dernier roman paru: «La métaphysique du hors-jeu», aux éditions Actes Sud.

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