DSK, un innocent aux mains sales?

Drôle de situation que celle de Dominique Strauss Kahn. Après la justice américaine, c'est la justice française qui vient de le blanchir en abandonnant les charges retenues contre lui, au titre que les faits reprochés, considérés comme une tentative d'agression sexuelle et non pas comme un viol, se trouvaient être prescrits par la loi. Voilà donc un homme que la justice décrit comme innocent mais qui pourtant continue à être présenté comme coupable. En d'autres termes, DSK n'est pas coupable mais il n'est pas innocent non plus. Il est entre les deux. La pire des situations.
DSK demeure, à ce jour, un homme totalement libre de ses mouvements, un citoyen (presque) au-dessus de tout reproche, contre qui aucune charge d'aucune sorte n'a été retenue, qui aux yeux de la loi, n'a rien à se reprocher mais qui continue, pourtant, au regard de  l'opinion, de demeurer coupable. Un sort peu enviable. Pas complètement coupable mais non plus pas totalement innocent. Une sorte de punition divine. La tête sur l'échafaud sauf que la guillotine a été remisée au placard. Assis sur la chaise électrique sauf que le courant a été coupé. Convoqué au peloton d'exécution sauf que les fusils ne sont pas chargés.
DSK est pris au piège. A un homme condamné, ayant purgé sa peine, on peut être enclin à se dire qu'il a payé son dû à la société et qu'il peut désormais prétendre  revenir siéger parmi l'assemblée des hommes. Pas DSK. Quels que soient ses agissements à venir, qu'il accumule les non lieux, qu'il ressorte blanchi de toutes les accusations dont il fait l'objet, il continuera à porter la faute de ses agissements supposés coupables. Il ressemble désormais à un personnage biblique égaré dans un roman de Franz Kafka qui se retrouve coincé entre deux eaux, condamné à porter un fardeau dont il ne peut plus se débarrasser.
Il ne lui reste plus qu'à commettre un véritable forfait, à braquer une banque sous les yeux vigilants d'une caméra de surveillance, à être jugé en bonne et due forme, à être condamné pour de vrai, à séjourner dans une prison de haute sécurité, pour qu'il puisse espérer un jour redevenir un homme comme les autres.
Faute de quoi, il restera à jamais un innocent aux mains sales.

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Laurent Sagalovitsch

Fils de père anversois, Laurent Sagalovitsch était belge jusqu'a l'age de 18 ans. Maintenant il vit à Vancouver. Il collabore à Liberation, Slate, Les Inrockuptibles, entre autres. Il aime le foot et pas mal d'autres choses. Son dernier roman paru: «La métaphysique du hors-jeu», aux éditions Actes Sud.

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