Faux semblants

Pour celui qui ne possède pas un diplôme en économie appliquée, qui ne peut pas se vanter d'être détenteur d'un doctorat en sciences économiques, qui ne fréquente pas le monde de la haute finance et des marchés financiers, tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, depuis la réunion des chefs d'états européens de l'autre nuit à Bruxelles.

La Grèce présentée hier encore comme à un cadavre à la dérive est désormais sauvée des eaux, l'euro qui semblait sur le point de s'effondrer a retrouvé, par un coup de baguette magique, des couleurs, les banques vont payer la facture, les bourses peuvent respirer, les chefs d'état de se congratuler et les peuples de dormir tranquille, puisque c'est promis, l'avenir sera bientôt à nouveau radieux, les lendemains joyeux, les retraites assurées, le chômage terrassé, la croissance retrouvée.

Sauf que le citoyen lambda a un peu de mal a croire à ce joli conte de fées. Déjà qu'il a le tournis lorsqu'on lui parle de milliards par-ici, de milliards par-là, d'emprunts, de recapitalisation, de fonds de sauvegarde, de montagnes de dettes à rembourser à des mystérieux créanciers dont on ne sait rien, d'agences de notations au fonctionnement opaque qui décernent des notes si importantes que les chefs d'états, comme des écoliers qui n'auraient pas bien travaillé, tremblent à la seule idée de recevoir leur bulletin trimestriel.

Bref, l'homme de la rue ne comprend pas grand chose à ce qui se trame dans les coulisses de ces grandes réunions où se décide tout de même le sort de son propre avenir et de celui de ses enfants. Et pour cause, en désignant un président ou un chancelier ou un premier ministre pour le représenter, il lui donne précisément sa caution et sa bénédiction pour mener à bien ce genre de négociations qu'on devine complexes et difficiles. En toute confiance.

En retour, il attend du politique que ce dernier lui dise la vérité. En toute franchise. Sans détour.

Même si les nouvelles ne sont pas bonnes.

Surtout si les nouvelles ne sont pas bonnes.

A force de nous dire que mercredi, le monde court à sa perte et que jeudi, tout va bien, le politique court le risque que le citoyen, fatigué de ces retournements, se lasse, cesse de croire en lui et se retourne vers les extrêmes, toujours prêts à offrir des explications toutes faites et des solutions clés en mains.

Toutes les vérités ne sont peut-être pas bonnes à dire mais à force de jouer à la roulette russe avec leurs opinions publiques, les hommes politiques s'engagent sur une voie dangereuse qui ne peut déboucher que sur une impasse et sur des lendemains difficiles.

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Laurent Sagalovitsch

Fils de père anversois, Laurent Sagalovitsch était belge jusqu'a l'age de 18 ans. Maintenant il vit à Vancouver. Il collabore à Liberation, Slate, Les Inrockuptibles, entre autres. Il aime le foot et pas mal d'autres choses. Son dernier roman paru: «La métaphysique du hors-jeu», aux éditions Actes Sud.

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