Je t’aime, moi non plus

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sont amoureux.  Et comme des amoureux transis, ils ne se quittent plus: ils déjeunent ensemble, ils dinent ensemble, ils organisent des conférences de presse communes où ils rivalisent d’amabilités l’un envers l’autre, s’échangent des mots doux et des clins-d’œil complices, et se jurent qu’ils resteront fidèles quelles que soient les épreuves qu’ils auront à affronter.  

C’est beau l’amour. A deux, on se sent toujours plus fort, plus aguerri pour affronter les vicissitudes du temps qui passe, les chausse-trappes tendus par les agences de notation, les coups du sort orchestrés par les bourses et les places financières 

Et pour qu’on soit bien sûr que le mariage dure, on opère des sacrifices, on s’accommode des travers de l’un, on s’inspire des qualités de l’autre pour tenter de s’améliorer et renforcer la solidité du couple. Nicolas promet qu’il donnera un tour de vis à son budget et surveillera au centime près ses dépenses, Angela jure que si Nicolas tient ses promesses, elle consentira à assouplir sa rigueur budgétaire. 

Reste à régler le compte des autres membres de la famille. Tous ces petits cousins turbulents et insolents qui ont été invités à la noce mais qui pour l’instant n’ont pas été conviés à venir rejoindre les nouveaux mariés à la table d’honneur. On les surveille du coin de l’œil. Si l’un d’eux a le malheur de mettre ses coudes sur la table ou de dégrafer le col de sa chemise, on appellera le service de sécurité pour les admonester et les remettre dans le droit chemin. Et s’ils n’écoutent pas, s’ils recommencent à se conduire comme des vilains chenapans, on les priera d’aller voir ailleurs si j’y suis et de revenir qu’une fois qu’ils se seront calmés et auront promis de rester sages comme des images. 

Évidemment l’amour ne dure jamais: une fois la lune de miel passée, on commencera rapidement à s’exaspérer des petits travers et des sales manies de l’autreBien vite, on ne se supportera plus. C’est à ce moment que l’on se rappellera de l’existence des petits cousins. Qu’ils font toujours partie de la famille, quand bien même on a cessé de les fréquenter. On se souviendra des temps anciens, du temps des banquets joyeux où l’on prenait du bon temps ensemble. Un jour on s’en ira frapper à leur porte pour trouver un peu de réconfort et se changer les idées. Sauf qu’on trouvera portes closes: les cousins, vexés d’avoir été mis à l’écart, seront partis ou vous auront oublié.  

On repartira alors la tête basse.  

Et la queue entre les jambes.

Laurent Sagalovitsch

Fils de père anversois, Laurent Sagalovitsch était belge jusqu'a l'age de 18 ans. Maintenant il vit à Vancouver. Il collabore à Liberation, Slate, Les Inrockuptibles, entre autres. Il aime le foot et pas mal d'autres choses. Son dernier roman paru: «La métaphysique du hors-jeu», aux éditions Actes Sud.

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