Jesus-Christ Superstar

En novembre 2012, les américains décideront s’ils renouvellent leur confiance à Barack Obama ou s’ils préfèrent envoyer à la Maison Blanche le candidat républicain qui sera sorti vainqueur des primaires au sein de son camp, primaires qui ont débuté ces jours derniers en Iowa et au New Hampshire.

Ce candidat, quel qu’il soit, Mitt Romney ou Newt Gingrich, Rick Santorum ou Rick Perry, devra composer avec la frange très religieuse de l’électorat républicain. Depuis sa création, l’Amérique a remis les clefs de son destin entre les mains de Dieu. Dans l’imaginaire américain, ce ne pouvait être que le fruit d’une volonté divine que le continent américain devienne ainsi la nouvelle terre promise, celle où les enfants du seigneur se soient vus offrir une terre fertile, une nature généreuse, un continent assez vaste pour accueillir tous les hommes de bonne volonté. Rien d’étonnant après cela que le président des États-Unis au moment de son investiture prête serment la main sur la Bible ou que la mention « en Dieu nous croyons » soit présente sur tous les billets de la monnaie américaine.

Cependant, ces dernières années, le fait religieux a pris une tournure et une importance encore plus grande, en irriguant avec force la politique américaine. L’avènement du Tea Party, la montée en puissance des Born Again, l’omniprésence des évangélistes sur les écrans de télévision, l’ancrage des néo-conservateurs, autant de signes qui indiquent la volonté de retrouver la religion au cœur de la vie politique américaine. Avec en corollaire, l’affirmation de certains principes qui peuvent en hérisser certains : la négation du darwinisme et de la théorie de l’évolution, remplacée par le créationnisme, cette doctrine visant à prendre à la lettre la lecture de la Bible, réfutant ainsi les découvertes de la science quant à l’origine de l’homme. La remise en cause de comportements sexuels jugés déviants, la méfiance affichée vis-à-vis du monde musulman en général, alliée à un attachement indéfectible à Israël, considérée comme le berceau de la civilisation, un goût affirmé pour relancer la croisade des forces du bien contre celles du mal, incarnées notamment par le laxisme en matière de mœurs et la montée des intégrismes, sans oublier le droit à l’auto-défense et le combat contre l’avortement.

Autant de prises de position qui peuvent souvent apparaître comme rétrogrades, teintées d’obscurantisme, laissant à penser que la politique américaine se décide tout autant sur les bancs des églises que dans les couloirs des administrations.

C’est ainsi que si le candidat républicain venait à s’asseoir, en novembre, dans le bureau ovale, il sait déjà qu’il devra composer avec un personnage redoutable : Jésus-Christ en personne.

Laurent Sagalovitsch

Fils de père anversois, Laurent Sagalovitsch était belge jusqu'a l'age de 18 ans. Maintenant il vit à Vancouver. Il collabore à Liberation, Slate, Les Inrockuptibles, entre autres. Il aime le foot et pas mal d'autres choses. Son dernier roman paru: «La métaphysique du hors-jeu», aux éditions Actes Sud.

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