La fin des trajets pour aller au bureau ?

Pourquoi devrions-nous aller au bureau tous les jours ? Au cours du XXème siècle, cette question aurait semblé absurde. Nous prenions les transports pour aller travailler car notre travail était dans des usines ou des bureaux et qu'il était du devoir de chaque employé de se déplacer de son domicile à son travail pour y commencer sa journée à 8 ou 9 heures du matin. Aujourd'hui, les usines ont besoin de moins de ressources humaines et la plupart des travaux dans le secteur des services peuvent être effectués à distance. Le travail flexible n'est pas le rêve de certains futurologues. C'est une réalité. Comme tout chef d'entreprise tourné vers l'avenir le sait, l'enjeu n'est pas d'amener des personnes talentueuses à un travail, mais d'amener le travail aux personnes talentueuses afin qu'elles le prennent en charge. Alors, pourquoi devrions-nous continuer à prendre les transports pour aller travailler ?

Les déplacements pour se rendre au travail ont toujours été d'un grand inconfort - au point même d'être avilissants - et ils ont toujours représenté une perte de temps. Aujourd'hui, ces déplacements sont encore moins défendables pour une raison essentielle : ils sont clairement néfastes pour l'environnement. Il n'est pas nécessaire de disposer d'une carte de membre de Greenpeace pour trouver insupportable ces kilomètres de voitures fumantes.

Pourtant, dans les plus grandes villes du monde, voyager pour se rendre au travail est une réalité quotidienne, que ce soit en train ou en voiture, victime des inévitables embouteillages aux heures de pointe le matin et le soir. A Londres par exemple, bien que le cœur de la ville ait largement profité de la mise en place d'un péage urbain et du développement des espaces piétonniers ou des pistes cyclables, il est difficile de constater une diminution du nombre de voyageurs quotidiens.

La grande question est de savoir s'il est possible pour chacun, quel que soit le mode de transport choisi, d'éviter le trajet jusqu'à son travail, lorsque ce trajet n'a plus de justification objective. A cet égard, il y a un ou deux signes encourageants. Dans la ville japonaise d'Osaka par exemple, les trajets en train ont commencé à décliner dans les années 90, et ce déclin s'est fortement accentué au début du XXIème siècle. Dans d'autres villes du monde, le développement de la flexibilité au travail a au moins eu l'effet de lisser les heures de pointe. Au lieu d'une heure d'embouteillage le matin et le soir, la congestion s'est aplanie sur une plus longue période.

Mais ne nous voilons pas la face. Ce ne sont que des gouttes d'eau dans l'océan. Les pics de pollution sont peut-être moins élevés qu'auparavant, il y cependant peu d'indices tangibles qui confirment une réduction globale des voyages quotidiens. Partout dans le monde, les personnes qui travaillent sont prises au piège de la routine de leurs trajets qui ne sont plus nécessaires. Mais remettre en cause cette habitude futile et destructrice n'est pas seulement une question d'écologie. C'est aussi une question de logique économique. Il y a quelques mois, Regus, a commandé une étude portant sur plus de 11 000 entreprises. Elle a révélé que près d'un cinquième des personnes interrogées envisageaient de quitter leur emploi en raison du temps de leurs déplacements quotidiens. Le mécontentement augmente lorsque le temps de trajet pour se rendre au travail dure plus d'une heure. Il ressort de l'enquête que 39% des personnes interrogées à travers le monde et confrontées à ce problème ont déjà sérieusement songé, durant les deux dernières années, à démissionner. De plus, l'enquête a révélé que le trajet des belges pour se rendre au travail dure en moyenne 37 minutes.Nous avons le temps de trajet le plus long par rapport aux autres européens.

Les déplacements entre le domicile et le lieu de travail doivent être abandonnés. Ils sont néfastes pour les affaires et néfastes pour la planète. Il faut pour cela que les chefs d'entreprises fassent preuve d'initiative, que l'Etat fasse preuve de volontarisme et que chacun fasse preuve d'imagination. Nous regarderons, dans quelques décennies, ces images anciennes d'embouteillages aux heures de pointe et nous nous dirons à nous-mêmes « Ils étaient vraiment dingues à l'époque ! ».

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Eduard Schaepman

Eduard Schaepman est CEO de Regus Benelux. Le groupe Regus est le premier fournisseur d'espaces de travail au monde, disposant de plus de 1000 centres d'affaires répartis dans 450 villes et 75 pays.

 

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