La patience, jusqu’à quand ?

L’Iran joue avec le feu. En menaçant de bloquer le détroit d’Ormuz par lequel passe 15 % de la production mondiale de pétrole, Téhéran use les nerfs des occidentaux déjà mis à rude épreuve après la confirmation que l’Iran, dans son usine souterraine de Fordow, continue à faire tourner ses centrifugeuses pour accélérer sa capacité à produire une bombe nucléaire.

Les démocraties se retrouvent au pied du mur. Depuis trop longtemps maintenant, elles tergiversent, soupèsent le pour et le contre, agitent un jour la possibilité de représailles militaires avant de changer de posture et de préférer jouer la carte diplomatique. Avec le risque que, le temps passant, l’Iran ne parvienne à ses fins et mette le monde devant le fait accompli. Une fois que l’Iran possèdera la bombe, il faudra composer avec elle et éviter à tout prix l’effet de contagion qui amènera les autres pays du Golfe Persique à vouloir à leur tour disposer de l’arme nucléaire afin de ne pas se retrouver sous le joug d’un pouvoir iranien qui ne brille guère par sa rationalité.

La guerre n’est jamais souhaitable et demeure toujours la moins plaisante des solutions. Cependant d’expérience, l’on sait qu’un embargo aussi restrictif et coercitif soit-il, a peu d’effet si ce n’est celui d’affamer la population et de lui faire porter le chapeau pour le comportement délétère de ses dirigeants. Avec le vague espoir qu’elle finira un jour ou l’autre par se révolter et par se retourner contre le pouvoir en place. Sans être jamais certain que cela ne se produise.

La partie d’échec est engagée. Chacun camp fourbit ses armes, avance ses pions, grince des dents, montre ses muscles et brasse du vent. L’Iran menace, l’Amérique répond en envoyant un navire supplémentaire sillonner les eaux du Golfe, tandis qu’Israël continue à ronger son frein, se contentant pour l’instant de commettre des assassinats sur des physiciens en charge du programme nucléaire iranien, tout en alertant Washington que, dès lors qu’elle aura acquis la certitude que l’Iran est sur le point de finaliser la mise au point de sa bombe, elle ne pourra pas rester les bras ballants. Question de survie. 

En misant sur une révolte venue de l’intérieur qui chasserait du pouvoir Ahmadinejad et ses sbires, l’occident prend le risque que le jeu de patience se termine en un jeu de massacre. Sans être certain que dans cette affaire, elle ne finisse pas par apparaître comme le cocu de service. 

Laurent Sagalovitsch

Fils de père anversois, Laurent Sagalovitsch était belge jusqu'a l'age de 18 ans. Maintenant il vit à Vancouver. Il collabore à Liberation, Slate, Les Inrockuptibles, entre autres. Il aime le foot et pas mal d'autres choses. Son dernier roman paru: «La métaphysique du hors-jeu», aux éditions Actes Sud.

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