La tête dans le sable

Bien que j'éprouve une aversion profonde pour les oiseaux de mauvais augure (peut-être parce qu'ils tirent toujours sur les ambulances), je ne cesse de m'étonner du comportement de nombreux employés, qui refusent de voir que la crise économique touche de plein fouet nos entreprises. Et celles-ci, souvent la mort dans l'âme, sont contraintes de prendre des décisions difficiles. Il règne une sorte d'illusion collective, chacun pensant être épargné par la tempête en cours. Je présume que certains sont effrayés lorsque la réalité frappe à leur porte. Croyez-moi: plus rien n'est sûr.

J'ai ainsi rencontré un dirigeant d'entreprise qui a récemment débauché un de mes employés. Je n'étais pas fâchée: c'est comme ça que ça se passe aujourd'hui. Mais il m'a confié qu'il n'était pas sûr de garder encore longtemps l'employé en question. Ce patron a été pris de vitesse par la crise et la réduction subite de son chiffre d'affaires le pousse à compresser ses coûts. Et, bien qu'il apprécie le travail de mon ex-employé, il y a de fortes chances qu'il soit débarqué le premier. Last in, first out. La dure loi de la jungle des RH.

Lorsque j'ai raconté cette histoire au bureau, certains en ont fait une maladie. Tout le monde a quand même droit à une période d'essai de six mois pour faire ses preuves, non ? Crise ou pas crise. Eh bien, j'aimerais que nous puissions nous le permettre. Mais un certain nombre d'entreprises voient leurs activités ralentir à une vitesse effrayante pour le moment. Elles n'ont tout simplement plus les moyens de garder chaque membre de leur personnel. Et les employés en période d'essai sont les premiers sur la liste.

Pour le reste, le fait que les derniers arrivés soient les premiers à partir confirme la vieille garde dans l'idée qu'elle sera épargnée. Elle se sent protégée par les coûts de licenciement élevés. Tout cela est bien beau, mais lorsqu'il n'y a plus d'argent les droits acquis ne font pas le poids. Si votre employeur fait faillite, vous devrez attendre longtemps avant que le curateur ne vous verse un centime.

Nous sommes confrontés à un défi économique d'ampleur inédite. Et à l'inverse des messages résolument optimistes véhiculés par nos médias, je ne pense pas que l'économie se redressera au troisième trimestre de l'année 2009. Notamment parce qu'à cette époque, tout le monde sera en vacances et que l'économie sera quasiment à l'arrêt. Parce que, crise ou pas crise, le Belge ne sacrifiera pas ses vacances. Avec un peu de chance, on verra la vie en rose après cette interruption estivale. Fermons les yeux, plongeons la tête dans le sable, et si tout ce passe bien, les choses se règleront d'elles-mêmes... Vive la politique de l'autruche!

[Cet article a également paru dans L'Echo et sur le blog de CVWarehouse]

Inge Geerdens

Inge Geerdens (37) est à la tête de CVWarehouse.com, une entreprise technologique conseillant les organisations en matière de recrutement en ligne. Geerdens a également créé Executive Research, un bureau de sélection et de recrutement. Les opinions exprimées dans cette colonne reflètent sa vision personnelle. 

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