Le retour de la Guerre Froide?

Poutine a dû déglutir son blinis au caviar lorsque son secrétaire particulier lui a lu la diatribe particulièrement sévère d’Hillary Clinton mettant en doute l’organisation des dernières élections russes et stigmatisant des gonflages d’urnes et des votes truqués. Devant ce camouflet, Poutine n’a pas hésité à sortir l’artillerie lourde, convoquant sur le champ la télévision d’état, et demandant, en des termes policés mais fermes, à la chef de la diplomatie américaine de s’occuper de ses affaires.

Hillary Clinton n’a pas froid aux yeux et ne garde jamais sa langue dans sa poche. Elle a le cran de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Que oui, les élections russes ont été largement truquées, que oui, il y a eu bel et bien tricherie, que oui, la Russie ne se pose pas en démocratie exemplaire, en tentant par tous les moyens de briser dans l’œuf toute tentative de contestation et de remise en cause du pouvoir.

Poutine le sait. D’où son agacement et son mécontentement. Il est toujours énervant de recevoir des leçons de morale de son pire ennemi. Surtout lorsqu’elles s’avèrent fondées. Poutine a sorti la kalachnikov pour répondre à Hillary Clinton en l’accusant de comploter contre la Russie. Rien de tel que de ressusciter les fantômes de la Guerre Froide pour tenter de détourner l’attention sur ce qui apparaît être comme une tricherie de grande ampleur. Rien de tel que de flatter les sentiments bassement nationalistes afin d’éviter de répondre aux questions qui fâchent. Rien de tel que d’agiter l’épouvantail d’une intervention extérieure malvenue pour ressouder son peuple derrière soi. C’est de bonne guerre.

Pas sûr cependant que le stratagème fonctionne. L’émergence des réseaux sociaux et l’accès à un internet globalisé redistribue les cartes du jeu démocratique et permet aux opposants d’exister et de se faire entendre. Impossible désormais de réprimer dans le sang ou de se livrer à des arrestations arbitraires sans que le monde ne l’apprenne et ne rappelle à l’ordre des dirigeants tentés de recourir à des moyens disproportionnés pour briser net toute tentative de rébellion.

Il n’y aura peut-être pas de printemps russe mais il n’y aura pas non plus un hiver de répression implacable.

Hillary Clinton veille au grain.

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Laurent Sagalovitsch

Fils de père anversois, Laurent Sagalovitsch était belge jusqu'a l'age de 18 ans. Maintenant il vit à Vancouver. Il collabore à Liberation, Slate, Les Inrockuptibles, entre autres. Il aime le foot et pas mal d'autres choses. Son dernier roman paru: «La métaphysique du hors-jeu», aux éditions Actes Sud.

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