L’honneur perdu de Jacques Chirac |
![]() Au soir de sa vie, Jacques Chirac a donc été rattrapé par le calendrier judiciaire. Il était temps. Quelque puisse être notre empathie vis-à-vis d’un homme amoindri, malade, accusant son âge, on ne peut s’empêcher d’applaudir des deux mains et de saluer la décision de la justice française de condamner l’ancien président de la République à une peine de prison de deux ans avec sursis. Trop longtemps, l’ancien maire de Paris s’est conduit comme s’il se pensait au-dessus des lois. Trop longtemps, avec une légèreté incroyable et une arrogance fielleuse, il a mené ses affaires en se comportant comme un véritable chef mafieux, disposant de l’argent public selon son bon vouloir, rétribuant avec largesse des amis tout heureux de se voir reverser des sommes astronomiques pour écrire des rapports imaginaires, plaçant à des postes honorifiques des proches qui ne disposaient même pas d’un bureau à la mairie de Paris, se servant allégrement dans la caisse pour irriguer, en toute irrégularité, les comptes du RPR. Jacques Chirac se pensait intouchable. Invulnérable. S’imaginant que sa fréquentation assidue des hautes sphères du pouvoir le protégeait et l’autorisait à se conduire comme un vulgaire tribun d’une république bananière. Par son jugement inédit qui, pour la première fois dans l’histoire de la république, condamne le plus haut dignitaire de l’état à une peine de prison aussi symbolique soit-elle, la justice française a tenu à rappeler ce principe fondamental au bon fonctionnement de toute démocratie, que nul ne peut se prétendre au-dessus des lois. Encore moins un homme en charge du bien public qui, plus que quiconque, se doit de montrer l’exemple et d’afficher, en toutes circonstances, une probité irréprochable. Jacques Chirac a failli à son devoir d’exemplarité. Avec effronterie, aidé par une batterie d’avocats retors, usant de tous les recours possibles et inimaginables pour tenter de l’exonérer de toutes fautes, il aura essayé par tous les moyens d’échapper au filet de la justice. En vain. La justice a fini par le rattraper. Trop tard sûrement. A un moment où, miné par la maladie, il ne peut plus répondre de ses actes. Il n’empêche que ce faisant, la justice adresse là un avertissement à tous ceux qui sont ou seront en charge des affaires de l’état, en les amenant à méditer sur cette maxime toute simple, qui veut qu’en république, la justice soit la même pour tous. |
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Laurent Sagalovitsch
Fils de père anversois, Laurent Sagalovitsch était belge jusqu'a l'age de 18 ans. Maintenant il vit à Vancouver. Il collabore à Liberation, Slate, Les Inrockuptibles, entre autres. Il aime le foot et pas mal d'autres choses. Son dernier roman paru: «La métaphysique du hors-jeu», aux éditions Actes Sud. |
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