L'horreur

Aujourd’hui, c’est à chaudes larmes que nous pleurons ces pauvres et malheureux innocents, ces hommes et ces femmes, ces enfants et ces parents, fauchés dans le tourbillon de leur vie, par le geste lâche et criminel d’un homme visiblement fatigué de vivre et décidé à ne pas voyager seul dans son expédition vers l’au-delà.

Ces malheureux, quelque part, ce sont nous. Des gens de bonne volonté, juste coupables de s’être trouvés là, à l’instant tragique où le déséquilibré ou soit-disant tel, s’est livré à son jeu de massacre. Sûrement ne saura-t-on jamais vraiment les motivations de ce dernier, perdues dans les ténèbres de son cerveau égaré. Quand bien même les connaîtrait-on qu’elles nous apparaîtront bien dérisoires au regard de la tragédie qu’elles ont engendrées. Toutes ces vies gâchées, ruinées, terminées, achevées, détruites, annihilées pour rien.

Alors évidemment, plein de colère et de hargne rentrée, on s’en prendra à la justice coupable d’avoir relâché trop tôt, trop vite, cet assassin en puissance, à la police coupable de ne rien avoir vu venir, à nos politiques coupables d’édicter des lois trop aimables envers les assassins et les criminels.

On criera parce qu’on aura mal. Parce que nous ne sommes que des hommes qui, lorsqu’ils sont confrontés à l’innommable frappant ainsi au hasard de nos vies quotidiennes, pleurent et, tout en pleurant, veulent aussi comprendre. Comprendre l’intolérable, l’inadmissible, l’inconcevable . Comprendre l’incompréhensible. Pour que plus jamais ne se reproduise un tel drame. Tout en sachant, vieille et éternelle vérité, que dans le cœur des hommes, naît parfois des sentiments si violents que la raison vacille et que la folie meurtrière l’emporte.

Aujourd’hui nous sommes en deuil. C’est un peu une partie de nous-mêmes qui s’en est allée hier après-midi à Liège. Nous nous inclinons devant la souffrance indicible de ces familles frappées de plein fouet par cette horrible tragédie.

Et plus que jamais, dans ce deuil qui nous étrangle, nous avons l’envie et le désir de protéger les êtres qui nous sont chers. De les prendre dans nos bras et de les serrer très forts. De leur dire notre amour et notre tendresse.

Bien sûr la vie continue. Pourtant nous ne sommes déjà plus les mêmes. Nous cœurs saignent, nos yeux pleurent et, dans notre détresse collective, nous prions pour que ces innocents tombés au champ d’horreur reposent en paix. A Jamais.

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Laurent Sagalovitsch

Fils de père anversois, Laurent Sagalovitsch était belge jusqu'a l'age de 18 ans. Maintenant il vit à Vancouver. Il collabore à Liberation, Slate, Les Inrockuptibles, entre autres. Il aime le foot et pas mal d'autres choses. Son dernier roman paru: «La métaphysique du hors-jeu», aux éditions Actes Sud.

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21/05/2012 15:32