Oui, mais

Ces derniers mois, si j'avais reçu un euro chaque fois que j'avais entendu un « oui, mais », je serais si riche que je pourrais vivre de mes rentes. Pour tout dire, je commence vraiment à être fatiguée de tous ces « oui, mais ». C'est sans conteste la réponse la plus fréquente lors de discussions sur la crise et la façon d'y faire face.

Vous savez quel est le problème ? Dans notre pays, nous avons très peur de perdre quoi que ce soit. Car, voyez-vous, il se pourrait que nous ayons à nous passer de l'un ou l'autre avantage. Plus grave, notre richesse est en péril mais nous ne voulons surtout pas perdre notre petit confort. Je vous l'accorde, les perspectives ne sont pas réjouissantes. Pourtant, nous devons nous faire une raison : les prochains mois et les prochaines années seront difficiles. Ce n'est qu'en le reconnaissant que nous pourrons surmonter cette crise de façon créative et trouver des remèdes pour sortir notre économie du marasme où elle se trouve.

Si tout le monde continue à se disputer et à répéter « oui, mais », nous n'irons nulle part. On ne cesse de nous dire qu'il ne faut pas toucher à notre système de sécurité sociale, que les pensions des fonctionnaires ne peuvent pas être réduites, que l'équilibre vie privée - vie professionnelle doit rester tel qu'il est et que les entreprises sont les principales fautives dans cette crise. Ce ne sont que quelques exemples pris au hasard. Je peux aisément en ajouter une dizaine d'autres mais cela n'apporterait rien au débat. Malheureusement, je constate que nous ne faisons rien dans ce pays à cause de tous ces « oui mais ». C'est comme ça que la situation empire.

Nos politiciens choisissent eux aussi la politique de l'autruche. Il faut dire que les élections approchent à grands pas, ce qui explique certainement leurs contorsions et leurs minauderies. Ils sont prêts à tout pour grappiller quelques voix. Intervenir ici et là, au cas par cas, fonctionne à court terme, mais arrivera un moment où ils auront utilisé toutes leurs cartouches. Mener une politique à long terme ne fait pas partie de leurs plans, d'autant plus qu'elle n'est pas nécessaire lorsque chacun répète « oui, mais ».

Je me demande si nous allons rester les bras croisés encore longtemps au lieu de nous retrousser les manches. J'espère que non, car sinon nous risquons de faire disparaître les derniers emplois et de perdre tous nos filets de sécurité. En restant peureusement dans notre coin, nous n'aurons plus qu'à tous devenir indépendants. Peut-être pourrions-nous, comme les pays en voie de développement, créer des microcrédits pour soutenir nos petites entreprises ? C'est une boutade, bien sûr, mais nous devons absolument changer notre attitude. Je ne veux plus entendre de « oui, mais ». Un « Oui, allons-y » changerait beaucoup de choses en Belgique.

[Cet article a également paru dans L'Echo et sur le blog de CVWarehouse]

Inge Geerdens

Inge Geerdens (37) est à la tête de CVWarehouse.com, une entreprise technologique conseillant les organisations en matière de recrutement en ligne. Geerdens a également créé Executive Research, un bureau de sélection et de recrutement. Les opinions exprimées dans cette colonne reflètent sa vision personnelle. 

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21/05/2012 15:48