Steve Jobs, un maître à penser ou à dépenser?

Une semaine déjà que le monde a appris à vivre sans la présence de Steve Jobs. On a du mal le croire. A lire l'avalanche ahurissante de commentaires élogieux sur le “génie du génial” entrepreneur, on avait fini par se persuader que le monde entier, de la Chine à l'Amérique, en passant par l'Europe et l'Asie, allait décréter une semaine de deuil national, que les usines s'arrêteraient de tourner, que les bourses stopperaient nettes leurs transactions, que les gens seraient contraints de porter un brassard noir et de pleurer toutes les larmes de leurs corps sur la dépouille du créateur d'Apple.

La planète vacillait sur elle-même, des gens regardaient leurs Iphones avec des yeux mouillés, d'autres inondaient de chaudes larmes l'écran de leur Ipad. Des centaines d'internautes, hagards de chagrin, confiaient leurs peines sur les réseaux sociaux, en écrivant qu'ils venaient de perdre leur phare, leur chef, leur maître à penser. A dépenser plutôt !

On n'exagère à peine. La nouvelle de la disparition de Steve Jobs a créé le même mouvement d'idolâtrie posthume que la mort de Michael Jackson. Soudainement, c'eût été comme si chacun d'entre nous avait perdu un de ses êtres les plus chers. Désorientée et déboussolée, la planète entière a été comme sonnée debout, se demandant comment elle allait parvenir à survivre au décès de celui qu'on a tout de même osé comparer à un Einstein ou à un Picasso. Rien que cela. Comme si sans Steve Jobs, la vie devenait subitement insupportable. Inutile.

Du jour au lendemain, nous sommes tous devenus des orphelins inconsolables, orphelins d'un homme qui, mieux que quiconque, avait compris que dans la course effrénée aux nouvelles technologies, l'homme ne rechignerait pas à entamer ses bas de laine pour se procurer des produits qui certes, présentaient bien, certes se déclinaient avec un style et un design racé, mais ne pouvaient tout de même pas prétendre à être des objets à même de révolutionner le genre humain. Dans vingt ans, dans trente ans, les nouvelles générations ne manqueront pas de se gausser en contemplant ces drôles de machines d'Apple qui seront devenues obsolètes, forcément obsolètes. Ainsi va le monde d'aujourd'hui. De plus en plus vite. Emporté dans une course échevelée au progrès et à la sacro-sainte modernité. Les rois d'aujourd'hui seront les valets de demain. Et les génies d'hier, des imposteurs du futur.

  • Powered by:Express.be
Laurent Sagalovitsch

Fils de père anversois, Laurent Sagalovitsch était belge jusqu'a l'age de 18 ans. Maintenant il vit à Vancouver. Il collabore à Liberation, Slate, Les Inrockuptibles, entre autres. Il aime le foot et pas mal d'autres choses. Son dernier roman paru: «La métaphysique du hors-jeu», aux éditions Actes Sud.

Share
PALMARES BEL20
Umicore (UMI) 2.48 %
Nyrstar (NYR) 2.23 %
KBC Groep (KBC) 1.66 %
Bekaert (BEKB) 1.42 %
Befimmo Sicafi (BEFB) 1.33 %
AB InBev (ABI) -0.21 %
Colruyt (COLR) -0.03 %
21/05/2012 15:58