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Les temps sont durs pour les dirigeants européens. Les uns après les autres, ils sont remerciés et renvoyés à leurs chères études. Du balai et au suivant. Après l’Irlande, la Grèce, l’Italie, l’Espagne a participé à ce jeu de massacre, en congédiant Zapatero et en convoquant Mariano Rajoy pour devenir leur nouveau premier ministre.

Drôle de paradoxe que le destin de Zapatero. Porté par une vague enthousiaste désireuse de rompre avec le gouvernement ultra-libéral d’Aznar, il avait suscité des attentes et des espérances à la mesure d’une population assoiffée de justice sociale, de répartition équitable des richesses, de mise en place d’un système de santé performant. Au lieu de quoi, Zapatero a laissé gonfler comme jamais une bulle immobilière qui a fini par lui exploser la figure et a plongé l’Espagne dans une récession sans précédent. Avec un chômage galopant, des ménages endettés et incapables de rembourser, une jeunesse désespérée, désargentée et condamnée à rester vivre chez leurs parents ou à subsister dans des tentes plantées dans les centres-villes des grands centres urbains pour crier leur indignation.

Zapatero aura pourtant tenu, jusqu’au bout, un discours de vérité. Il aura eu le cran de prendre des mesures forcément impopulaires mais nécessaires pour tenter d’endiguer le marasme d’une économie à l’agonie. Il aura regardé droit dans les yeux ses concitoyens en leur prédisant des lendemains qui déchantent et leur imposant des trains de mesures de plus en plus drastiques, synonymes de sacrifices lourds à entreprendre.

Cela n’aura pas suffi. Les espagnols, comme des amoureux déçus par leur bel hidalgo transformé, malgré lui, en père fouettard, l’ont prié de sortir de l’arène pour laisser la place nette à un autre toréro. Un toréro qui ne leur fera pas plus de cadeaux. Qui se montrera encore plus impitoyable dans sa tentative de redresser l’économie de son pays. Qui n’épargnera pas les classes populaires et effectuera des coupes sombres dans les budgets sociaux et éducatifs. Qui n’hésitera pas à sabrer dans les allocations chômages.

Mariano Rajoy ne connaîtra pas d’état de grâce. Il le sait. Il n’est pas là pour se faire aimer. Juste pour entreprendre les basses besognes. Avant à son tour de devenir la tête de turc de ses concitoyens.

Ainsi vont les démocraties par temps de crise. Elles espèrent trouver l’homme providentiel tout en sachant qu’il n’existe pas. Elles sont comme des amantes insatisfaites qui se lassent très vite des étreintes de leurs soupirants et les raccompagnent à la porte avant d’en convoquer un nouveau. Et ainsi de suite jusqu’à épuisement du stock.

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Laurent Sagalovitsch

Fils de père anversois, Laurent Sagalovitsch était belge jusqu'a l'age de 18 ans. Maintenant il vit à Vancouver. Il collabore à Liberation, Slate, Les Inrockuptibles, entre autres. Il aime le foot et pas mal d'autres choses. Son dernier roman paru: «La métaphysique du hors-jeu», aux éditions Actes Sud.

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21/05/2012 15:58