Un match pour rien

Les matchs amicaux sont devenus, au fil du temps, des rencontres pestiférées qui n’intéressent plus grand monde. Les joueurs sélectionnés viennent à reculons et trouvent souvent le moyen de se fouler la cheville dans leur salle de bain, la veille de leur convocation. Les clubs tremblent à la perspective de voir l’un de leurs poulains se blesser et prient pour que l’entraîneur du pays concerné ne fasse pas gambader sa poule aux œufs d’or sur le rectangle vert, et se contente de le garder bien au chaud sur le banc des remplaçants.

Les rencontres en elles-mêmes sont assommantes d’ennui, les joueurs passant leur temps à s’éviter pour ne pas se blesser, les spectateurs somonolent d’ennui, les commentateurs baîllent au micro, les téléspectateurs préfèrent se livrer à des galipettes dans leur chambre à coucher plutôt que de voir 22 joueurs simuler des orgasmes footballistiques sur la pelouse.

Pas sûr que la rencontre qui oppose les diables rouges aux coqs gaulois n’échappe à la règle et atteigne des sommets d’intensité. La Belgique, depuis des décades, court derrière son passé, et tout en se cherchant à se forger une nouvelle identité, désespère ses plus fervents supporters, conscients que leur équipe nationale n’effraye plus grand monde, si ce n’est le Luxembourg ou le Lichtenstein. Les Bleus de Laurent Blanc se remettent à peine des traumatismes du dernier mondial, enchaînent des prestations en demie- teinte, et ont dû attendre leur dernier match de qualification pour valider leur ticket pour l’Euro 2012.

La rencontre, disputée dans la froideur d’un stade de France plein comme un œuf mais aussi chaleureux qu’une porte de prison, sera aussi excitante à suivre qu’un sommet de la zone euro, et se terminera sur le score de 2-0 pour la France. Avec un doublé de Benzema. À moins qu’Eden Hazard oublie qu’il joue pour son pays et, pour une fois, délivre une prestation à la mesure de son talent. En espérant seulement qu’il se souvienne qu’il est bien né de ce côté-ci de la frontière, et qu’il ne s’amuse pas à dribler ses partenaires pour venir tromper son propre gardien avant de s’en aller remercier Laurent Blanc de l’avoir sélectionné.

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Laurent Sagalovitsch

Fils de père anversois, Laurent Sagalovitsch était belge jusqu'a l'age de 18 ans. Maintenant il vit à Vancouver. Il collabore à Liberation, Slate, Les Inrockuptibles, entre autres. Il aime le foot et pas mal d'autres choses. Son dernier roman paru: «La métaphysique du hors-jeu», aux éditions Actes Sud.

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21/05/2012 16:04