Je les connais, va, les chasseurs de tête

Le téléphone sonne.
‘Dis PC, il faut que tu fasses une fois quelque chose pour moi. '
‘Allo, à qui ai-je l'honneur?'
‘Ben PC, c'est Jef ici. Dis fieu, qu'est-ce qu'il y a, tu m'connais plus tout à coup?'
‘Qui êtes-vous?'
‘Merde alors, tu le fais exprès ? Tu ne veux plus me connaître, PC.? C'est du propre. C'est Jef, Van Brussegem, d'Alfabyte.'
‘Ah, monsieur Van Brussegem. Oui , maintenant j'y suis. Alfabyte, oui. Cela fait un bail .'
‘Eh bien, c'est tout de même toi qui m'a parachuté ici , hein, il y a quelques années. Tu as dû gagner un max sur mon compte,hein. Je les connais, va, les chasseurs de tête. Tu as dû empocher 30% de mon salaire, hein.'
‘Que puis-je pour vous, monsieur Van Brussegem?'
‘Arrête de faire du chiqué , range ce ton hautain, PC. Fais comme tout le monde.'
‘En quoi puis-je vous aider?'
‘Voilà qui est déjà mieux. Et appelle-moi Jef .'
‘Je vous écoute.'
‘Ben, souviens-toi, à l'époque où tu es venu me chercher, pour commencer à travailler ici chez Alfabyte - attention, ça se passe très bien ici; je n'ai pas à me plaindre - tu m'avais dit que tu étais toujours très intéressé par de bons profils. Ouais, c'est le terme que tu employais: de bons profils. Eh bien, j'ai un très bon profil pour toi et je veux que tu places ce gars quelque part.'
‘S'agit-il de votre fils?'
‘J'ai deux filles, PC. Je suis le seul homme à la maison.'
‘De qui s'agit-il alors, quelle fonction occupe cette personne?'
‘Il s'agit de notre chef comptable.'
‘Pardon?'
‘Ben ouais, c'est le big boss de la comptabilité de la boîte.'
‘Et vous voulez qu'il aille travailler ailleurs?'
‘Exactement, ce gars ferait mieux d'aller se faire voir ailleurs.'
‘Pourquoi?'
‘Il me tape sur les nerfs depuis longtemps. Il doit partir.'
‘Si mes souvenirs sont exacts, vous êtes vendeur chez Alfabyte.'
‘Ouais, positif. Enfin, plus exactement chef du service extérieur.'
‘Quel rapport avez-vous avec a comptabilité ?'
‘Et ben, ce petit con ne cesse d'ergoter sur mes dépenses. J'en ai marre. Je ne peux plus travailler convenablement avec ce mêle-tout.'
‘Et en quoi ceci me concerne-t-il, monsieur Van Brussegem?'
‘Appelle-moi Jef.'
‘Oui, bon, Jef, je ne vois pas en quoi une banale dispute de bureau peut me concerner .'
‘Dis donc , pour qui te prends-tu?. Une dispute banale! Tantôt, tu finiras par donner raison à cet emmerdeur qui ne cesse de me couillonner.'
‘ Je ne prononce aucun jugement, heu ... Jef.'
‘T'as intérêt.'
‘J'ai peu de temps, Jef. Peux-tu me dire en quoi tout ceci me regarde?'
‘Ben, j'ai donc un problème avec ce type. Je pensais, ce PC, il m'est encore redevable puisqu'il a gagné du blé sur mon dos et il va pouvoir m'aider à me débarrasser de ce type.'
‘Je souhaiterais faire deux observations. Je n'ai aucune dette chez vous et je ne suis pas un tueur à gages.'
‘Tu n'y comprends rien . Cela peut te rapporter gros.'
‘J'ai peu de temps. J'aimerais que vous en veniez au fait.'
‘Eh bien, voici mon plan. Tu appelles ce gars, tu lui expliques que tu cherches un bon comptable pour un de tes clients, et qu'il correspond au profil idéal. Tu le baratines en disant qu'il gagnera beaucoup plus ailleurs et en alignant d'autres promesses du même genre - vous, les chasseurs de tête, en connaissez un bout sur la question- , il donne sa démission et moi, j'en suis débarrassé. Voilà, et en plus, tu te mets encore de l'argent en poche. Qu'en dis-tu?'
‘Il est évident que notre bureau ne peut honorer votre demande.'
‘Tu es tombé sur la tête. Tu laisses tomber tout cet argent ?'
‘Je pense que la discussion est close.'
‘T'es un con.'
‘Monsieur Van Brussegem, allez vous faire foutre.'
Clic.

 

 

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