 "Nous sommes en train de plonger, mon cher PC. C'est fini pour nous. Les carottes sont cuites." "Quoi, tu veux dire ...?" "C'est exactement ce que je veux dire. Kaputt, finished, terminé." "Comment est-ce possible? Une firme si prometteuse. Une bonne vision, une équipe performante, les meilleurs consultants SAP du monde. Non, c'est impossible, Jean" "C'est ce que je croyais aussi, quand j'ai appris la nouvelle." "Qui est au courant?" "Officiellement, tout baigne. Les informations diffusées au personnel et au grand public sont unanimement positives. Seule la direction est au courant de l'évolution réelle de la situation. Et ils s'efforcent de sauver les apparences." "Que s'est-il précisément passé?" "Mon Dieu, tu sais, les erreurs traditionnelles: quelques gaffes de la direction, une série d'acquisitions mégalomanes, un soupçon de fraude, des commandes trop vite comptabilisées , un grand projet mal finalisé, quelques clients mécontents qui nous cherchent misère. Sans oublier les banquiers, qui ont décidé de fermer les robinets. Rien de spécial, quoi, du très prévisible." "Et comment se fait-il que tu sois au courant de tout cela?" "Hier soir dans le parking, j'ai entendu le CFO crier et tempêter contre le CEO. Il disait qu'il ne voulait pas porter le chapeau, qu'il avait une bonne réputation et entendait la conserver." "Pourquoi me racontes-tu tout cela à moi, Jean? Ces informations, à supposer qu'elles soient correctes, sont très dangereuses, non seulement pour toi, mais pour ton employeur et pour tous ceux qui travaillent dans l'entreprise." "Je ne sais vraiment plus quoi faire, PC. Dois-je rester dans l'entreprise, et couler avec ce navire en perdition, en laissant baisser ma valeur sur le marché?Inutile d'espérer des indemnités de licenciement: les caisses sont vides. Ou bien, lâchement, dois-je quitter le navire et essayer de sauver ma peau?" "Te voilà au coeur d'un conflit de conscience." "C'est une bonne façon de décrire la situation." "Qu'attends-tu de moi? Que je caresse un peu ton ego, que je te confesse et te donne l'absolution parce que tu es sur le point de commettre un péché?" "Il n'y a pas de quoi rire,PC. La situation est vraiment dramatique." "OK, désolé. Mais qu'attends-tu de moi? Que je te trouve une porte de sortie honorable? Que je te trouve un nouveau job, de telle sorte que tu puisses quitter l'entreprise en tout bien tout honneur?" "Voilà! Mais je n'accepterai pas n'importe quoi, hein. Il doit s'agir d'une fonction sérieuse, assortie d'un bon salaire, et d'une entreprise qui sera solvable durant les vingt prochaines années au moins, jusqu'à ma pension quoi." "Pour ce qui est du dernier point, tu peux oublier le secteur ICT." "Tu m'as parfaitement compris." "Quand la bombe va-t-elle exploser?" "Dans le courant du mois, tous les journaux en feront leurs manchettes. Au niveau interne, il ne faudra pas une semaine avant que le personnel ne commence à sentir l'oignon." "Nous devons donc faire vite." "Qu'as-tu à me proposer, PC?" "Je pense avoir quelques propositions intéressantes pour toi, Jean. Mais attends un peu: nous allons faire un marché. Je m'occupe de ta sortie en beauté, et tu me donnes les noms des meilleurs consultants SAP et leur numéro de téléphone." "Quoi? Tu vas essayer de débaucher ces gens-là? Ils ne sont au courant de rien. Ils vont immédiatement penser que c'est moi qui ai raconté toutes ces histoires." "J'attendrai une semaine avant de les contacter. Comme tu viens de le dire, ils penseront qu'il y a anguille sous roche, et mon coup de téléphone leur tombera dessus comme un cadeau du ciel. Cela me semble un marché honnête, Jean." "OK, PC, si tu me donnes 20% de leurs honoraires de placement. C'est tout aussi honnête, non?" "Mais que veux -tu à la fin, Jean? Sauver ta peau ou toucher un pourcentage sur la traite des êtres humains?" "Si c'est possible, les deux, PC. Dis-moi ce que tu as à me proposer, on décidera ensuite."
Secrets d’un chasseur de têtes' Jan Flamend 200 pages, € 16,50
Editions 'De Cavalerie'
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