 «Monsieur Huydevetters, Georges Levêque à l'appareil, pourrais-je vous parler?» «Bien sûr, Monsieur Levêque. J’ai toutefois très peu de temps à vous consacrer.
Vous savez... nous sommes vendredi après-midi et j’aimerais encore terminer
certaines choses avant le week-end.» «C’est que c’est urgent.» «Cela peut-il se régler au téléphone?» «Oui, à défaut de mieux.» «N'est-ce pas vous qui débutez lundi chez EcoNetworks?» «C’est précisément de cela dont je voulais vous parler.»
«Comment cela ?» «C’est-à-dire que... C’est plutôt difficile à dire, vous savez...» «Dites-le tout de même!» «Il s'est passé quelque chose entre-temps.» «Que voulez-vous dire par là?» «En fait, je ne me rendrai pas chez EcoNetworks lundi.» «Ah! Et qu’allez-vous faire alors ?» «Je peux devenir directeur général d'une 'spin-off' de Zorex, un poste à
responsabilités européennes. Nous vendrons de la technologie vocale
intelligente.» «J’en connais quelques-uns qui ont tenté leur chance dans ce créneau, même via
des spin-offs.» «J’ai décidé de relever ce défi.» «Ce n’est pas aussi simple que cela , Monsieur Levêque.» «Que voulez-vous dire?» «Vous commettez un délit juridique.» «Pourtant mon avocat dit que...» «Vous avez signé un contrat de travail avec EcoNetWorks. Vous avez donné votre
parole et signé un contrat.» «Je le sais très bien. Mais je ne savais pas alors ce que je sais aujourd’hui.» «Dans ce cas, vous n’auriez pas dû signer ce contrat à l’époque.» «C’est vrai, mais rappelez-vous de ma situation à ce moment. J’étais alors
soumis à des pressions.» «Des pressions de qui?» «Eh bien, des pressions de vous, de EcoNetWorks.» «Je n’en reviens pas! Les négociations autour du contrat ont duré trois semaines.
Nous avons chaque fois dû augmenter votre salaire, vous proposer une plus grosse
voiture... et vous avez le culot de venir m’accuser de vous avoir mis sous
pression!» « C’est en tout cas comme cela que je l’ai ressenti.» «Monsieur Levêque, vous comprenez que vous pouvez et serez poursuivi pour ce que
vous faites là.» «Je le sais bien, mais cela se produit régulièrement . Ne pouvons-nous pas en
parler ? Il est tout de même plus correct de vous mettre au parfum aujourd'hui
plutôt qu'après quelques jours de travail chez EcoNetWorks.» «Ah bon... je devrais encore vous être reconnaissant pour votre loyauté. Quelle
délicate attention de vous foutre de ma g... maintenant et non pas plus tard.
Vous forcez mon admiration, Monsieur Levêque. Ce n’est pas parce que la presse
se fait l'écho d'une recrudescence du homejacking qu’il nous approuver le
phénomène ou le pratiquer nous-mêmes .» «Cela n’a aucun sens, on s’écarte du sujet.» «Avez-vous au moins vérifié la santé financière de Zorex ? Leur action a chuté,
ils vendent des pans entiers de leur entreprise. La source financière de cette
petite spin-off sera rapidement tarie.» «Vous dites n’importe quoi.» «Combien vous paient-ils?» «10.000 euros.» «Par mois? Brut?» «Oui.» «Combien de mois pourront-ils vous payer pareil salaire?» «Notre réussite sera totale.» «Avec une technologie immature dans un marché inexistant, vous voulez rire...» «Je relève le défi, quoi qu'il arrive.» «Vous ne gagnerez déjà pas un cent pendant les deux premiers mois. EcoNetworks
répercutera les honoraires des chasseurs de tête sur vous. Soit la bagatelle de
20.000 euros. Je ne travaille pas pour rien.» «Comment? Mais mon avocat m’a dit que...» «Votre avocat vous fera encore avaler beaucoup d’autres histoires. Monsieur
Levêque, j’ai encore juste une petite question avant de vous effacer de ma
mémoire et de ma banque de données. Pourquoi m’avez-vous appelé plutôt
qu'EcoNetWorks?» «Eh bien, j'aurais souhaité que vous les informiez que je ne viendrai pas.» «Poltron!»
'Secrets d’un chasseur de têtes' Jan Flamend 200 pages, € 16,50
Editions 'De
Cavalerie'
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