"Vous êtes un vieux sentimental!" |
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![]() 'Allo, Bricard à l'appareil.' 'Ah, Monsieur Bricard, je suis heureux de vous joindre.' 'A qui ai-je l'honneur?' 'P.C. Delagrange de Pava Consulting. Vous vous souvenez sans doute...?' 'Ah, heu, j'ai très peu de temps et je n'ai rien à vous dire.' 'Pourquoi, Monsieur Bricard?' 'Pourquoi quoi?' 'Pourquoi avez-vous rompu le contrat que vous aviez signé avec Fast Computers?' 'Je fais encore ce que je veux, non?' 'Vous étiez très intéressé par cette fonction d'account manager que je vous avais proposée, le courant passait bien avec les gens de chez Fast, les conditions étaient intéressantes, vous avez signé le contrat et vous deviez commencer la semaine prochaine.' 'Je les ai informés par e-mail que je préférais rester chez mon employeur actuel. Dommage pour eux.' 'Et dommage pour moi, Monsieur Bricard. Vous me mettez dans de beaux draps.' 'Un bon chasseur de têtes doit pouvoir faire face à ce genre de situations.' 'Pourquoi, Monsieur Bricard? Vous êtes allé chez votre patron avec le contrat de Fast et vous lui avez demandé de vous soumettre une contre-proposition?' 'Oui, et alors? Je voulais partir parce que j'avais le sentiment de ne pas être estimé à ma juste valeur. Je me suis trompé. Mon patron voulait absolument me garder et il m'a proposé une solide augmentation. Voilà tout. Par ailleurs, Fast n'est pas une société si extraordinaire.' 'Etes-vous conscient des conséquences juridiques de votre décision?' 'Que voulez-vous dire?' ' Vous avez signé un contrat de travail. Il est contraignant . Vous devez prester un mois minimum si vous ne voulez pas payer des dommages et intérêts à concurrence d'un mois de salaire brut. Soit 5000 euros environ. 'Vous m'étonnez. Mon patron m'a assuré qu'on ne pouvait rien contre moi.' 'Je pense que Fast va intenter une action en justice contre vous et que vous perdrez à coup sûr.' 'Et quel est leur intérêt ? Cette petite somme d'argent ne changera rien.' 'C'est une question de comportement, Monsieur Bricard. Une faute éthique qui doit être dénoncée' 'Un chasseur de tête qui joue au moralisateur ? On aura tout vu.' 'Une parole est une parole et une signature est une signature, monsieur Bricard.' 'Et une tautologie est une tautologie. Vos menaces ne m'impressionnent pas, Monsieur Delagrange.' 'Supposez qu'un de vos clients signe un contrat pour une grosse commande et vienne vous dire une semaine plus tard qu'il s'est trompé et qu'il s'est finalement adressé à un concurrent.' 'Et bien ce serait dommage. Je me serais préservé d'une telle déconvenue en ayant bâti une relation solide avec ce client, sur base d'une confiance réciproque.' 'Mais on ne peut pas vous faire confiance, Monsieur Bricard. Votre parole et votre signature ont perdu toute valeur. Tout le monde,dans le secteur, apprendra vite que vous n'êtes pas un homme de parole. Tout se sait très vite dans ce milieu.' 'Je ne comprends pas pourquoi vous en faites un tel plat, Monsieur Delagrange. Tout le monde agit de cette manière aujourd'hui. J'ai fait une bonne affaire. Et alors? Chacun se bat comme il le peut. J'ai pu faire valoir mes arguments, c'est tout. Ce n'est pas une raison pour vous mettre en colère ou vous affliger .' 'Vous avez peut-être raison, Monsieur Bricard. Je suis sans doute trop sentimental et je respecte des normes et des valeurs qui ne sont plus appliquées aujourd'hui. La confiance, le respect de la parole donnée, la loyauté sont manifestement devenus des concept dépassés dans ce monde dominé par les opportunistes et les retourneurs de veste.' 'En effet, Monsieur Delagrange, vous êtes un vieux sentimental. Et les gens de chez Fast n'intenteront pas une action en justice. Ils savent très bien, eux, que cela marche comme cela. Bonne continuation.' Secrets d'un chasseur de têtes' Editions 'De Cavalerie' |
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