5 raisons pour lesquelles la dette publique n'est pas importante

« L’Europe est hantée par le spectre de la dette », affirme Robert Skidelsky, professeur émérite d’Economie politique à l’université de Warwick, et membre de la Chambre des Lords britannique, dans Project-Syndicate. « Pour exorciser le démon, ils passent leurs économies à l’essoreuse », écrit-il pour décrire la politique d’austérité appliquée par beaucoup de pays européens, dont le Royaume Uni.

Le citoyen moyen a une aversion pour l’endettement qui l’angoisse, et, de même, les gouvernements s’inquiètent de l’ampleur de la dette publique. Selon les dires de ces gouvernements, les excès de dépenses vont rendre la dette « insupportable », et, pire, ce seront nos enfants qui devront s’en acquitter. Cette philosophie justifie la mise en place de mesures d’austérité, dont les gouvernements prétendent qu’elle est la voie à la relance économique. Mais pour l’économiste, cette promesse provient d’une erreur de jugement, et il fournit 5 arguments pour le démontrer :

1) Les gouvernements n’ont pas besoin de rembourser leurs dettes. Si le pays dispose de sa propre  monnaie, le pays peut emprunter simplement en imprimant la même quantité de monnaie. Pour les pays de la zone euro qui n’ont pas cette faculté, ils ont toujours la possibilité de faire défaut. Les défauts ne sont pas une bonne chose, concède-t-il, mais ils permettent à la vie de recommencer sous de meilleurs auspices.

2) Réduire les déficits n’est pas la voie royale du retour à l’équilibre financier. Dans une économie déprimée, la réduction du déficit provoque une contraction économique, parce qu’elle implique l’amenuisement de l’assiette des revenus de l’Etat. Cela complique donc en retour la baisse du déficit. 

3) La dette publique n’est pas un fardeau net pour les générations futures, même si elle occasionnera effectivement une hausse des impôts. En effet, l’argent payé par les contribuables correspond à autant de recettes pour les porteurs d'obligations souveraines. En revanche, en réduisant les dépenses publiques aujourd’hui, on réduit les pensions de retraites futures, et les projets d’investissements qui priveront les générations futures d’hôpitaux modernes, d'écoles, et des maisons qui ne seront pas construites.

4) Il n’y a aucune relation entre la taille d’une dette nationale et son coût. Les taux d’intérêt que le Japon, les Etats Unis, le Royaume Uni et l’Allemagne payent sur leur endettement sont analogues, alors que l’importance de leur dette nationale n’est pas comparable, et que leurs politiques fiscales sont différentes.

5) Les faibles coûts d’emprunt des gouvernements ne conduisent pas non plus à de faibles coûts d’emprunt pour le secteur privé. Les investisseurs réclament une prime de risque au secteur privé, alors que ce risque est quasi-inexistant sur les dettes publiques. En pratique, on observe qu’un coût d’emprunt public faible correspond souvent à des taux d’intérêt élevés pour les entreprises.

« De même que l’Europe a été hantée avec le « spectre du Communisme » du célèbre manifeste de Karl Marx, aujourd’hui, « tous les pouvoirs de la vieille Europe sont entrés dans une sainte alliance pour exorciser » le spectre de la dette publique. Mais les hommes d’Etat qui veulent éliminer la dette devraient se souvenir d’un autre spectre célèbre – le spectre de la révolution », conclut-il.

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