Birmanie: la junte entame un programme de privatisations

Plusieurs groupes birmans en exil accusent ainsi les généraux de vendre les entreprises publiques à des hommes d'affaires qui leur sont fidèles.

Le dossier est d'autant plus sensible que ce sont des décisions économiques qui ont provoqué les deux derniers soulèvements populaires en Birmanie.

En 2007, une augmentation brusque et imprévue des prix de l'essence avaient déclenché la "révolte safran", emmenée par les moines bouddhistes, et dont la répression avait fait au moins 31 morts. Le mouvement est considéré comme la plus forte menace contre le régime militaire depuis plus de 20 ans.

En 1988, c'est l'invalidation de billets de banque, décrétée par le pouvoir l'année précédente pour combattre le marché noir, qui avait provoqué des manifestations pro-démocratie.

Pour Sean Turnell, expert de l'économie birmane à l'université Macquarie de Sydney, en Australie, la junte veut remplir ses caisses avant les prochaines élections notamment pour acheter des soutiens.

"Mais il semble aussi y avoir un problème de liquidités", estime-t-il.

La vente des ressources naturelles à ses voisins asiatiques, notamment la Chine, l'Inde et la Thaïlande, rapporte beaucoup d'argent. "Mais très peu entre en Birmanie car il est sous contrôle du numéro un et du numéro deux", ajoute-t-il, en allusion au généralissime Than Shwe, homme fort de la junte et à son second, le général Maung Aye.

Surtout, l'analyste souligne combien ces privatisations pourraient révéler une certaine fébrilité autour de Than Shwe.

Agé de 76 ans, celui qui arrivé au pouvoir par la force et qui a depuis écarté plusieurs de ses adversaires sait qu'il doit sécuriser son avenir personnel à l'issue d'élections qui, même assurément gagnées par les militaires, n'entraîneront pas moins un renouvellement des générations.

"Même s'il est regrettable que des ressources qui appartiennent au peuple soient prises, c'est aussi le signe d'une certaine incertitude au sein des groupes au pouvoir", estime Sean Turnell. "Peut-être ont-ils des doutes. Et c'est quelque chose que nous n'avons pas vu depuis longtemps".

Aung Naing Oo, analyste politique birman basé en Thaïlande, confirme lui aussi que la vague de privatisations ne peut se comprendre qu'au regard de l'ensemble de la situation politique.

"Vu l'ensemble des mesures que le gouvernement a pris depuis six mois, y compris la privatisation, cela indique pour moi que les choses changent", a-t-il expliqué à l'AFP.

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