BCE : pas de bazooka, mais peut-être un bombardier furtif...

Stealth Bomber

Pour le Wall Street Journal, la BCE n’a effectivement pas proposé de bazooka pour résoudre les problèmes de la zone euro, mais il se pourrait que récemment, elle ait tout de même envoyé un bombardier furtif. Le journal américain fait ainsi référence au prêt à 3 ans de 489 milliards d’euros que la BCE a accordé à 523 banques commerciales de la zone, et qui semble avoir coïncidé avec une forte baisse des taux de rendement sur les obligations de certains des pays les plus en difficulté. Ainsi, alors que les taux d’intérêts à 2 ans que l’Italie devait payer juste avant Noël étaient de 5%, et avaient même atteint 7,8% à la fin du mois de novembre, ils ne sont plus que de 3,9% aujourd’hui. De même, les taux sur les obligations espagnoles à 2 ans sont tombés de 6,2% à 3,3%.

Avec ce signe fort, la BCE a indiqué aux marchés que les banques ne manqueront pas de financement. Certaines de ces banques ont replacé cet argent en dépôt à la BCE (on a vu ainsi le montant des dépôts de la BCE atteindre de nouveaux records – 528 milliards d’euros au 18 janvier 2012). Mais elles ont également pu utiliser l’argent pour acheter des obligations souveraines, ce qui leur permet de se gagner les faveurs des gouvernements tout en dégageant un substantiel profit sur le différentiel de taux. Ces achats ont permis d’améliorer la valorisation de marché des obligations souveraines, et dans le même temps, réduit leur taux de rendement. Du coup, pour les pays qui commençaient à financer leurs emprunts à des taux jugés insupportables, la pression se relâche. Au même moment, la menace d’un credit crunch commence à se dissiper, puisque les banques peuvent plus facilement se porter prêteuses sur le marché interbancaire.

 « Le marché ne pensait pas que cela allait être aussi positif que ça l’a été », commente Mohit Kumar, qui dirige le département de stratégie des taux Europe et Royaume Uni à la Deutsche Bank de Londres. Le mois prochain, la BCE devrait renouveler ce programme de prêt à 3 ans, et selon les analystes de Morgan Stanley, les banques devraient encore emprunter jusqu’à 400 nouveaux milliards d’euros à cette occasion.

Le programme de la BCE consiste à autoriser les banques à utiliser les prêts qu’elles ont accordés et les obligations souveraines qu’elles détiennent dans leur bilan en caution de l’emprunt qu’elles sollicitent à la BCE. De cette manière, elles peuvent obtenir des fonds avec des garanties qui n’auraient pas été jugées recevables ailleurs (les obligations souveraines de pays en difficulté).

Les sceptiques, dont le gérant du fonds Pimco, Bill Gross, qui est très influent sur le marché, observent cependant que ce programme ne fait que soulager le problème de manque de liquidités des banques, mais qu’il ne résout en rien le problème de fond de la crise de l’euro : le surendettement de certains pays. Pour d’autres analystes, cependant, la BCE pourrait bien avoir initié un retour à la confiance durable des marchés...

  • Source:The Wall Street Journal
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