Faudra-t-il un nouveau plan de sauvetage pour le Portugal?

Portugal

Il y a deux semaines, l’agence de notation Standard & Poor’s s’est finalement rangée derrière l’avis de ses deux consœurs les plus importantes, Fitch et Moody, et elle a dégradé la cote de crédit du Portugal, lui faisant perdre son statut de valeur d’investissement pour devenir une valeur spéculative (« junk », pacotille en anglais). Avec cette dégradation, et compte tenu que la Grèce négocie actuellement la proportion de ses dettes qu’elle ne remboursera pas à certains investisseurs, le Portugal est revenu dans le collimateur des marchés. Les agents craignent qu’il suive l’exemple de la Grèce, et qu’il force aussi ses prêteurs à consentir à des coupes de cheveux. Dans ce contexte, les taux d’intérêt sur les obligations d’Etat portugaises dépassent les 12%.

Du coup, le FMI commence à s’inquiéter que le Portugal ne pourra pas se financer sur le marché l’année prochaine. Cette année, le pays peut compter sur le plan de sauvetage qui lui a déjà été accordé, du moment qu’il en respecte les conditions d’obtention, mais l’année prochaine, il doit faire face à une échéance de 9 milliards d’euros en septembre 2013. Cette date semble lointaine, mais compte tenu qu’il semble compromis que le Portugal pourra se refinancer sur les marchés, le FMI pourrait exiger qu’il lui montre son plan de financement pour obtenir son aide une année à l’avance, comme il l’avait fait pour la Grèce.

Cependant, les politiciens portugais se démènent pour que le Portugal se sorte de ses difficultés. Le gouvernement du Premier ministre Pedro Passos Coelho jouit d’une majorité au parlement qui lui permet de faire facilement voter les mesures d’austérité. Il n’y a pas eu d’émeutes au Portugal comme il y en a eu en Grèce, et la semaine dernière, les syndicats et les employeurs ont accepté les mesures d’assouplissement du marché du travail qui permettront de licencier plus facilement et de réduire les salaires, des mesures qu’il aurait été difficile de faire passer dans d’autres pays de la zone euro. Les objectifs budgétaires de l’année 2011 ont été atteints, mais cela a été largement imputable à une réforme qui a fait passer des fonds de pension des banques au système de sécurité sociale.

Tous ces efforts risquent d’être compromis du fait des hypothèses de croissance trop optimistes qui ont été prises pour l’élaboration du plan de sauvetage du Portugal, une erreur qui avait aussi été faite avec la Grèce. Alors qu’en août dernier, on s’attendait à une contraction de 1,7% de l’économie pour cette année, le gouvernement a annoncé à la fin de l’année qu’elle serait finalement de 3%. Pire, l’économiste de Citigroup, Juergen Michels, prévoit quant à lui une réduction de 5,8% cette année, et de 3,7% en 2013, plus pessimiste que les prévisions du gouvernement.

« Les détenteurs d’obligations doivent sûrement réaliser que le Portugal a très peu de chance de rembourser intégralement ses dettes », affirme Michael Derks, chief strategist pour l’agent de change international FxPro. « Les discussions vont commencer pour déterminer l’ampleur des coupes de cheveux que les prêteurs du Portugal devront consentir. Certains suggèrent que cela pourrait être jusqu’à un tiers. Aujourd’hui, cela semble être le scénario le plus optimiste », estime-t-il.  

  • Source:The Wall Street Journal
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