Haïr les entreprises est un exercice amusant, facile et varié

Si vous tapez les mots « I hate BP » sur Google, vous obtiendrez un peu plus de 78.000 pages référencées. Et si vous répétez le même exercice en remplaçant BP par Union Carbide, vous obtiendrez encore 4.000 pages référencées malgré le caractère plus défraîchi de cette actualité. Pourtant, il y a 26 ans, cette entreprise a causé la mort de 20 à 25.000 personnes en raison d'une fuite de 40 tonnes d'isocyanate de méthyle. Cette catastrophe a fait d'Union Carbide l'entreprise la plus haïe, mais l'entreprise n'allait pas détenir éternellement le monopole de la haine. Depuis, elle a été détrônée par d'autres entreprises comme Shell et Barclays qui ont cautionné le régime de l'apartheid en Afrique du Sud. Un peu plus tard, ces deux entreprises ont été suivies par Nike et Gap, car elles ont décidé à l'époque de faire travailler des sous-traitants dans des conditions inhumaines. Mal leur en a pris, car ces pratiques ont ensuite été dénoncées dans le monde entier. Toutefois, dans l'intensité des réactions, rien ne semble pouvoir atteindre les attaques subies par BP depuis la catastrophe du 20 avril 2010. Serait-ce uniquement en raison du caractère lointain de l'affaire Union Carbide? D'après Lucy Kellaway, journaliste au Financial Times, quatre autres raisons doivent être avancées pour expliquer ce phénomène.

Le caractère émotionnel de la crise financière

La méfiance à l'encontre des banquiers dépasse tous les sommets. Selon la journaliste, les banquiers sont détestés à un niveau que seules des personnalités comme Idi Amin Dada ou Osama Bin Laden peuvent prétendre atteindre.

Parachutes dorés, bonus et autre privilèges

Le public ne rejette pas seulement celles et ceux qui se paient royalement. Lorsqu'il apparait que les dirigeants de grandes entreprises sont insensibles, sans aucun tact et incompétents, ce rejet se transforme bien vite en haine.

Les campagnes d'image et de relations publiques

Les entreprises comme Walmart et Microsoft ne sont pas seulement deux entreprises américaines à succès. Elles sont aussi les deux entreprises les plus adulées et les plus haïes des Etats-Unis. Cela tient au fait que ces entreprises ont souvent investi des sommes importantes dans des campagnes d'image au cours de la dernière décennie en promouvant la révolution verte, l'entrepreneuriat durable et responsable, les valeurs et les normes...

Le trublion Internet

Internet est le véhicule ultime pour transformer une émotion personnelle en épidémie globale en un minimum de temps. Haïr les entreprises est aujourd'hui dans l'air du temps, facile et varié. Il est ainsi possible de détester BP sur plusieurs modes: sur Facebook, Twitter ou encore mieux, sur Youtube. Comme avec cette vidéo scénarisant des managers de BP qui tentent désespérément de réparer les dégâts provoqués par une tasse de café renversée sur une table de réunion.

  • Source:Financial Times
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