La croissance économique dans l'UE : peut-on encore avoir foi ou est-ce désespéré?

Le mot d’ordre en ce moment à Bruxelles, c’est « croissance », rappelle The Economist. Elle a été à l’ordre du jour du dernier sommet qui s’est tenu dimanche. Mais cela ne veut pas dire qu’il en découlera nécessairement des résultats, affirme le journal économique ; le sens à donner au mot croissance, et surtout, les moyens de l’atteindre, sont trop disparates entre les pays. 

Au-delà de ces différences de vues, pour Indermit Gill de la Banque Mondiale, qui vient d’émettre un rapport à propose de l’Europe, le modèle européen reste pourtant valide : « L’Amérique a pris de pauvres immigrants et en a fait des individus à hauts revenus. L’Union européenne a pris des pays pauvres et en a fait des pays à hauts revenus ».

Mais il faudra régler deux problèmes majeurs. Le premier est l’ampleur des dépenses publiques. De même que les Etats Unis sont une superpuissance en matière d’armement, qui dépense plus que le reste du monde dans sa défense, l’Europe est une superpuissance en matière de style de vie, qui dépense plus que le reste du monde en matière de protection sociale. Mais à moins d’être aussi efficace que le gouvernement suédois, ces administrations surdimensionnées pèsent sur la croissance. Et le vieillissement de la population n’arrange rien. Gill affirme que les Européens peuvent encore se permettre d’avoir des horaires de travail assez souples, mais qu’il leur faut reculer l’âge de prise de leur retraite.

En outre, l’Europe n’est pas assez productive, notamment les pays des rivages méditerranéens, qui se contentent encore trop d’importer des technologies, se fondent encore trop sur des petites entreprises familiales traditionnelles, et sur-protègent leurs marchés du travail.

L’Europe ne produit pas assez de startups, notamment dans les biotechnologies et les technologies de l’information. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette faiblesse : le manque de synergies entre les entreprises et les universités ou la fragmentation du marché unique, par exemple. Il est par exemple encore difficile d’acheter en ligne dans les autres pays européens, du fait des frontières virtuelles qui existent sur la toile.

Il manque toujours un brevet européen. Il en coûte 5 fois plus aux entreprises européennes de déposer un brevet par rapport aux entreprises américaines, parce qu’elles doivent faire traduire les documents dans plusieurs langues. Lorsqu’il est question d'adopter un brevet européen, le Royaume Uni, l’Allemagne et la France se disputent sur des questions linguistiques ou pour définir celui qui l’emportera pour la gestion de ce service, dont la motivation réelle a plus à voir avec le prestige ou l’argent que cette activité pourrait générer.

«Mais si les grands pays ne peuvent se mettre d’accord sur des étapes minimes mais évidentes pour favoriser la croissance, quelles sont les chances que l’UE ouvre le marché entier aux services ? Pas étonnant que le reste du monde et les marchés perdent foi en l’Europe », conclut the Economist

  • Source:The Economist
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