La Grèce doit-elle quitter la zone euro?

Au cours du premier sommet européen de l’année 2012 qui se tenait ce lundi à Bruxelles, les dirigeants européens ont discuté du déblocage du second plan de secours à la Grèce pour un montant de 130 milliards d’euros, et les Allemands, soutenus par les Suédois, ont exigé que la Grèce « honore tous les engagements »  qu’elle a pris avec les autres pays européens. Les Allemands s’inquiètent de la lenteur des réformes pour ramener les comptes de l’Etat à une situation moins critique. Le Financial Times rapporte que les Allemands ont même proposé la création d’un poste de Commissaire européen qui aurait un droit de regard sur le budget grec, et qui pourrait notamment s’opposer sur les décisions budgétaires du gouvernement grec. Pour Evangelos Venizelos, qui s’est opposé avec colère à ce projet, les Allemands ont oublié des « leçons importantes de l’histoire », et l’UE dispose d’assez de dispositifs de sécurité dans son arsenal de surveillance. La mesure forcerait la Grèce à choisir entre « l’assistance financière » et la « dignité nationale », a-t-il estimé. Pour certains analystes, on est proche d’un point de rupture, et la Grèce doit quitter la zone euro si elle refuse de donner des garanties. 

C’est notamment le point de vue du journal finlandais Kainuun Sanomat : « Le pays natal de la démocratie n’a aucune intention de débattre d’un éventuel renoncement de son droit à l’autodétermination. Et pourtant, la Grèce s’attend tout de même à recevoir 130 milliards d’euros d’aide de la part de l’UE et du FMI, après avoir négocié avec ses créanciers privés. Cela montre quel est le risque à avantager les emprunteurs… La Grèce roule ceux à qui elle a emprunté. Les sollicitations qui ont appelé le gouvernement grec à plus de rigueur budgétaire ont été très claires, mais les réponses qu’il leur a apportées sont restées aussi indéchiffrables que les prophéties de l’oracle de Delphes. La seule manière d’inciter les Grecs à se montrer plus raisonnables est de les menacer de sortir la Grèce de la zone euro. Pour cela, il faut recapitaliser les banques européennes, pour leur permettre de faire face aux pertes inhérentes à sa faillite ».

Die Welt s’alarme quant à lui de l’effet dévastateur que la proposition allemande pourrait avoir sur la réputation de l’Allemagne, par rapport à l’apport minime de cette mesure : «Même sans commissaire chargé du budget, la Grèce n’est ni solvable, ni capable de prendre des décisions. C’est à Athènes de changer cet état de choses le plus rapidement possible. On peut se demander si ce projet allemand de mise sous tutelle provisoire sera de nature à inciter les Grecs à comprendre cet enjeu. La provocation a en tout cas atteint son objectif : l’Allemagne a accepté le rôle de Père Fouettard ».

Le journal italien La Stampa estime que la proposition allemande n’est pas adaptée de toute façon : « Un commissaire contrôleur n’aurait aucune utilité. Car le problème n’est pas tant de prendre des décisions, que de les faire appliquer. Si le fisc grec n’a pas la capacité de déjouer les fraudes, il ne la recevra pas même s’il en reçoit l’ordre de l’Allemagne. … Dans ces conditions, la question est de savoir si l’on peut encore éviter une faillite de la Grèce, et sa contagion à d’autres pays, comme le Portugal. ».

Enfin, une question reste sans réponse, affirme Jean Quatremer sur son blog « Coulisses de Bruxelles » : si les créanciers privés ont bien participé à une négociation pour renoncer à une partie de leur créance, en revanche, rien n’été discuté avec les créanciers publics. Or, même si les créanciers privés acceptent des pertes supérieures à 50%, cela ne réduira la dette totale grecque que de 28,5%. En revanche, tout le monde semble avoir oublié que le premier plan de sauvetage de 110 milliards d’euros accordé en mai 2010 comporte des prêts assortis de taux qui représentent presque le double du taux d’intérêt assis sur le prêt consenti par le FESF. Ces taux presque usuraires contribuent à aggraver le déficit grec, et, partant, la dette de la Grèce.

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