La question de la dette : les Etats Unis jouent à la roulette russe

Si le Congrès américain ne parvient pas à un accord pour repousser la limite de la capacité d’endettement des Etats Unis, il est probable que Moody’s, l’agence de notation, dégrade sous peu la note AAA des Etats Unis. L’augmentation de ce seuil est crucial pour pouvoir assurer le service de la dette et permettre au pays de fonctionner normalement. Si les négociations n’aboutissent pas, les Etats-Unis pourraient faire défaut, ce que Ben Bernanke, le Président de la Fed, a décrit comme une « calamité financière». La dernière fois que le Congrès n’avait pas réussi à trouver un accord à propos d’un plan de sauvetage financier, en 2008, le marché des actions s’était effondré de 10%. L’incapacité des démocrates et républicains à s’entendre serait interprété comme le signe de la dysfonction d’un système politique qui ne permet pas de surmonter les clivages de sa classe politique, et, partant, de gérer le pays. 

Quel est le problème ?

Au départ de Bill Clinton de la Maison Blanche, en 2001, les comptes étaient à l’équilibre. Mais durant les deux mandats suivants, deux guerres coûteuses, des réductions d’impôts pour les Américains les plus riches et la récession de 2008 ont dramatiquement creusé le déficit. Avec son programme de relance, Barack Obama a lui-même aggravé le déficit de 700 milliards de dollars. Désormais, celui-ci représente plus de 10% de la production américaine, et les Etats Unis empruntent environ 40 cents pour chaque dollar dépensé.

Outre cet aspect, le pays est confronté à la menace du vieillissement de sa population, qui pose le problème de l’explosion des coûts sociaux à terme. Le mois dernier, le Congressional Budget Office a averti que la dette des Etats Unis devrait représenter plus de 100% de l’économie en 2021, et plus de 190% en 2035. A ces niveaux, le coût du service de la dette provoquerait une hausse des taux d’intérêt, qui anéantirait l’investissement, et menacerait l'économie pour longtemps.

Que veut le Congrès ?

Barack Obama a planifié une réduction du déficit de 4.000 milliards de dollars sur les 10 prochaines années, dont 70 à 80% proviendraient de réductions de dépenses, le restant étant fourni par des augmentations d’impôt. Mais avec la montée en puissance du Tea Party, les Républicains ne veulent plus entendre parler d’augmentation d’impôt. Et les Démocrates, embarrassés par les réductions des dépenses envisagées, les ont laissés mener ce débat.

Que veut la Maison Blanche ?

 Pour Barack Obama, ces négociations représentent une bonne opportunité politique de réfuter la perception négative selon laquelle il serait un libéral favorable à un « gros gouvernement ». Parvenir à un accord avec ses opposants incluant des réductions de dépenses sur les systèmes des pensions de retraites et de santé pour les personnes défavorisées, montrerait que le Président est capable de défier son propre camp, ce qui augmenterait ses chances de réélection, à l’image de ce que Bill Clinton avait accompli en 1995. Mais dans le cas de ce dernier, la situation n’était pas aussi épineuse qu’aujourd’hui, et les partis n’étaient pas aussi polarisés sur le sujet. Et à l'intérieur de son parti, Obama doit jongler entre le centre et les Démocrates les plus à gauche.

Qu’adviendra-t-il en cas d’échec des négociations ?

Cette semaine, Obama a agité le spectre des implications d’un défaut, en expliquant que le 3 août prochain, les Etats Unis ne seraient peut-être pas en mesure de payer 70 millions de chèques de Sécurité Sociale. En cas de défaut, le gouvernement aurait la désagréable tâche de choisir qui pourrait être payé, et qui serait sacrifié. Les investisseurs internationaux en obligations américaines, comme la Chine, remettraient peut-être en cause leur participation dans le financement américain. Le Bipartisan Policy Center, un think tank américain, estime que cela conduirait à une réduction immédiate de l’ordre de 45% des dépenses publiques. Ces coupes budgétaires drastiques, couplées à un surenchérissement des conditions d’emprunt, une perte de confiance des consommateurs et la perte de la note triple A des agences de notation, pourraient plonger les Etats Unis dans une nouvelle crise avec des répercussions importantes sur le plan international.

 

  • Source:Financial Times
Share
NOMINATIONS
Johan Cardoen Johan Cardoen
Managing Director VIB
Christel Van der Perre Christel Van der Perre
Consumer Channel Market... SYMANTEC
DERNIERES VIDEOS