L'Allemagne surclasse tous les autres pays européens : miracle économique ou réussite antisociale?

German soccer fan

L’année dernière, le PIB de l’Allemagne a augmenté de 3%: c’est deux fois plus que la moyenne des autres pays européens, et 2011 a été une des meilleures années pour le pays depuis la réunification en 1990. Le taux de chômage est passé en dessous de la barre des 6%, 2 fois moins élevé qu’ailleurs en Europe, le déficit budgétaire a représenté moins de 1% de son PIB, et elle a connu un excédent commercial de plus de 160 milliards d’euros.

Mais les Allemands doivent leur succès en grande partie à la situation catastrophique dans le reste de l'Europe. L’Allemagne a bénéficié des taux d'intérêt bas de la zone euro, 1% à court terme, bien en deçà du taux d’intérêt qu’elle aurait eu si elle n’avait pas adopté la monnaie unique. Comme les investisseurs fuient les pays comme l'Italie et l'Espagne, les investisseurs, qui la considèrent comme un pays refuge, sont prêts à lui prêter de l’argent à des taux très faibles, moins de 2%, qui lui ont permis d'emprunter à bas coût.

En outre, pour Jean-Marc Vittori du quotidien économique français les Echos, il faut regarder les salaires pour comprendre l’origine de ce miracle. L’Allemagne se caractérise par une grande stabilité des salaires de ses employés, lorsqu’on la compare au reste de l’Europe. Le coût salarial par unité produite, un indice cher à Jean-Claude Trichet, l'ex-président de la Banque Centrale Européenne, est resté quasiment inchangé en Allemagne sur la décennie, alors qu’il a augmenté de 20% en Europe, notamment en France, par exemple. Pour y parvenir, les entreprises allemandes ont utilisé toutes sortes de stratégies : innovations et délocalisations, et beaucoup de secteurs, tels que la papeterie ou l’habillement, ont changé de façon spectaculaire.

Cependant, Slate rappelle que ce miracle, favorisé par le plan Hartz, a bien eu une contrepartie sur le plan social. Les chômeurs sont contraints d’accepter les offres d’emploi qu’on leur propose. Et ces emplois peuvent prendre toutes les formes, y compris des emplois d’utilité publique payés un euro de l’heure (« jobs à un euro ») ou des emplois rétribués seulement 400 euros par mois, surnommés « minijobs ».

Slate cite le journal allemande Süddeutsche Zeitung qui déplore que « la riche Allemagne a les chômeurs les plus pauvres ». Les personnes qui ne peuvent trouver du travail cumulent plusieurs handicaps, tels qu’une basse qualification, une mauvaise santé, qui les condamnent durablement au chômage et à la pauvreté.

Enfin, selon les propos du leader de la confédération syndicale DGB Claus Matecki, les chiffres glorieux du chômage allemand omettent des milliers de personnes : "Les statistiques sont une vaste farce: on ôte des chiffres les quelque 100.000 chômeurs de plus de 58 ans, bénéficiaires de l’aide sociale Hartz IV, tout simplement parce qu’ils ne reçoivent plus d’offres d’emploi.», aurait-il déclaré, selon Henrik Mortsiefer écrivant dans le Tagesspiegel.

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