'L'Amérique et l'Europe sont au bord d'une récession désastreuse'

Les taux d’intérêts sur les obligations américaines, allemandes et britanniques sont tombés à leur plus bas niveaux depuis 1953 : l’intérêt sur les bons du Trésor américains à 10 ans sont en dessous de 2%. Ce phénomène confirme ce que le Fond Monétaire International a annoncé mardi : nous sommes au bord d’une nouvelle récession, écrit Roger Altman, conseiller au Trésor sous Bill Clinton. les taux bas reflètent l’anticipation d’une faible demande de capitaux et d’une inflation négligeable, les deux signant une récession. Nous pourrions suivre le même scénario de 1937, lorsque l’Amérique, à peine sortie de la Grande dépression, est retournée en récession après seulement 3 ans de reprise économique.

D’autres signes viennent malheureusement corroborer l’hypothèse d’une récession à venir :

- Il n’y a pas d’autre explication à la chute continue des taux d’intérêt, qui ne peut être expliquée totalement par la politique monétaire américaine.

- Souvent, en situation de récession, les taux à long terme tombent plus bas que les taux à court terme. Cela est impossible techniquement aujourd’hui, mais les récents mouvements des taux longs en sont un équivalent.

- Les données économiques ne sont pas bonnes : le chômage est en hausse, le moral des consommateurs est au plus bas, que ce soit en Europe, ou aux Etats Unis.

- Les entreprises ont des excédents de trésorerie record de 13.000 milliards de dollars, signe qu’elles sont inquiètes.

- En Europe, les perspectives de croissance sont quasi-nulles, et ni la France ni l’Allemagne n’ont connu de croissance au second trimestre.

- La consommation des ménages de la zone euro s’est ralentie sur le second trimestre.

Pour Roger Altman, c’est la crise de la dette européenne qui est à l’origine de cette atonie, et désormais, les dirigeants européens ne peuvent plus tergiverser s’ils veulent éviter une récession d'ampleur mondiale. Une monnaie unique représentant 17 pays nécessite un bilan unifié, il faut donc immédiatement sceller l’union fiscale. Le mandat de la banque centrale doit être élargi, à l’exemple de celui de la Fed, pour lui permettre de stabiliser les marchés financiers. Les banques doivent pouvoir disposer de financements permanents, en étant en même temps mieux encadrées par une règlementation plus stricte. La banque centrale doit aussi pouvoir acheter des obligations souveraines sur les marchés secondaires. Enfin, elle devrait assouplir sa politique monétaire, puisqu’il n’y a pas de signe d’inflation.

Aux Etats Unis, les politiciens doivent cesser leurs chamailleries partisanes et s’engager sur un dernier train de mesures d’incitations fiscales. Le plan d’Obama de 447 milliards de dollars en faveur de la créations d’emplois doit être mis en place immédiatement. La Fed doit faire ce qu’il faut pour favoriser le crédit.

Une nouvelle récession endommagerait profondément les marchés du travail et la confiance publique, et il faudrait des années pour s’en sortir. « Nous devons tout faire pour éviter cette évolution. Cela réclame le type de gouvernance avec une vision à long-terme que nous n’avons pas vu beaucoup récemment », conclut Roger Altman.

 

  • Source:Financial Times
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