'Le problème, ce n'est pas l'insuffisance de la croissance, le problème, c'est l'excès de croissance...' |
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![]() Les gouvernements des pays européens et des Etats Unis manquent de conviction lorsqu’ils tentent de nous convaincre que nous pourrons éviter la récession. On entend souvent dire qu’il s’agit d’une crise de croissance trop faible. Et si le problème, c’était justement l’excès ? C’est l’analyse que Paul Kingsnorth emprunte à Leopold Kohr, dans le Guardian. Kohr était un économiste né en 1909 dans le village autrichien d’Oberndorf en 1909, puis émigré aux Etats Unis. En 1957, il a publié « The Breakdown of Nations », un ouvrage dans lequel il clamait que les petits états, les petites nations et les petites économies étaient plus pacifiques, plus prospères et plus créatives que les grandes puissances. En son temps, à l’aube de la conquête spatiale, à un moment où la confiance dans les technologies, le développement et le gigantisme étaient des valeurs à la mode, sa théorie était complètement à contre-courant de l’idéologie dominante. Ses critiques ne virent en lui qu’un poète, comme il l’avait reconnu amèrement lui-même. Selon Kohr, ce n’était pas les organisations politiques qui causaient les problèmes des pays, mais leur taille. Le socialisme, l’anarchisme, le capitalisme, la démocratie, ou le monarchisme, tout pouvait marcher pourvu que ce le soit à ce qu’il appelait « l’échelle humaine », c'est-à-dire à un niveau où tout individu pouvait prendre part aux systèmes qui gouvernaient son existence. Dès que les pays se développaient et atteignaient une certaine taille, ils commençaient à opprimer leurs peuples. Et les révolutions, ou changements de systèmes ne permettaient de résoudre ce problème, puisque « le problème ne venait pas de ce qui était gros, mais de la grosseur elle-même. » Kohr a démontré que les plus grands ouvrages architecturaux de l’Europe, les meilleures innovations des pays européens, les éléments de gloire de sa culture, ont été façonnés lorsque les pays étaient petits. Il affirmait que lorsque les gens avaient trop de pouvoir, ils en abusaient. De ce fait, il fallait limiter le pouvoir que les individus ou les organisations pouvaient avoir. La solution, ce n’était donc pas plus plus d’unité, mais au contraire, plus de division. Le monde devait être découpé en petits états grossièrement équivalents en taille et en pouvoir, capables de limiter la croissance, et, partant, le pouvoir de certains individus. Dans la philosophie de Kohr, la grosseur appelle la grosseur, et « l’incontournable problème des proportions ingérables ». Au-delà d’une certaine limite, il faut accumuler encore plus de pouvoir pour gérer le pouvoir déjà obtenu. La croissance est comme un cancer que l’on ne peut freiner, jusqu’à ce qu’il arrive à son ultime terme : l’effondrement. « Nous avons maintenant atteint le point que Kohr nous a annoncé il y a un demi-siècle », estime Paul Kingsnorth, « le point où +au lieu que ce soit la croissance qui soit au service de la vie, c'est la vie qui doit maintenant servir la croissance, pervertissant le but ultime de cette existence+ ». Et avec plus d’union fiscale, plus de gouvernance internationale, et plus de croissance économique au programme, nous allons répondre comme toujours par plus de croissance. Jusqu’à ce que, « comme une étoile mourante, le système international gigantesque s’effondre sur lui-même à la fin, pour que puisse recommencer le cycle complet de la croissance, encore et encore ». |
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