'Les obligations en euro seraient un emplâtre sur une jambe de bois'

La réunion au sommet qui s’est tenue hier entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy n’a pas permis de rassurer les marchés. Les dirigeants de la France et de l’Allemagne ont repoussé la possibilité de création d’obligations en euros. Cette mesure est considérée comme la panacée pour beaucoup d’analystes.

Grâce à ce projet, on ferait intervenir un tout nouveau débiteur avec une notation AAA basée sur sa signature européenne qui pourrait donc se refinancer au mieux sur les marchés. Mais pour Georges Ugeux, qui anime un blog sur le site du Monde, cette solution ne serait «qu’un emplâtre sur une jambe de bois ». Pourquoi ?

Pour procéder à l’émission d’obligations européennes, il faut une garantie. Comme l’Europe n’a pas de capitaux en propre, cette garantie devrait être financée au moyen de contributions budgétaires réclamées aux Etats Membres. Et il faudrait prévoir ce qui se passerait au cas où l’un ou plusieurs pays européens s’avèreraient incapables de payer. Le paiement serait-il solidairement mis à la charge des autres ? Par définition, chaque pays de l’Union Européenne serait redevable de la totalité de cette dette, et ce risque engloberait les pays qui ne font pas partie de la zone euro.

De plus, cette mesure ne gommerait pas les différences de coût d’emprunt entre les différents pays, comme les autres mesures européennes qui n’ont jamais permis de gommer les écarts de taux. Et si elle le faisait, ce serait aux frais des contribuables des pays dont la situation financière ne pose pas de problème, et qui s’acquittent de primes de risques bien moindres que les autres.

Enfin, les créances des Etats affaiblis à qui l’Europe prêterait de l’argent à des conditions plus favorables que le marché seraient elles-mêmes dépréciées par le marché, ce qui poserait le problème de l’augmentation de ses propres coûts d’emprunt, sans parler d’une possible dégradation de sa note triple A qui n’est pas intangible.

« Ne cherchons pas à mettre un emplâtre sur une jambe de bois. Assurons le bon fonctionnement du FESF. C'est dans cet objectif qu'il est mis en place. L’Europe a un gigantesque défi devant elle : celui de créer une vraie convergence économique et sociale sans laquelle sa devise commune est un leurre », conclut Gorges Ugeux.

 

  • Source:Le Monde
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