Les pays riches s’arrachent les terres arables africaines

Certains pays riches se bousculent pour acheter d'immenses terrains en Afrique subsaharienne pour y créer des exploitations agricoles destinées soit à l'alimentation, soit à la production de biocarburants, selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Au dire de Jacques Diouf, directeur général de la FAO, un certain nombre d'Etats et d'entreprises occidentaux mettraient la main sur des millions d'hectares de terres agricoles dans les pays en développement, leur but étant d'assurer leurs approvisionnements alimentaires à long terme. M. Diouf fait valoir que la multiplication de ces transactions pourrait entraîner une forme de néocolonialisme, des Etats pauvres produisant de la nourriture pour les pays riches aux dépens de leur propre population affamée.

Daewoo Logistics, société sud-coréenne, a annoncé un projet d'achat d'une concession de 1 million d'hectares à Madagascar pour une durée de 99 ans. La société veut y cultiver 5 millions de tonnes de maïs par an d'ici à 2023 et produire de l'huile de palme à partir d'une autre concession de 120'000 hectares. La production serait destinée avant tout à la Corée du Sud.

« Il s'agit d'une opération sans précédent », assure Carl Atkin, consultant chez Bidwells Agribusiness, une société de Cambridge qui a contribué à négocier certains des contrats d'achat de terrains internationaux.  « Nous sommes habitués à des transactions portant sur 100'000 hectares. Cette fois, c'est dix fois plus.»

Alex Evans, du Centre de coopération internationale à l'université de New York, estime pour sa part que «les petits agriculteurs sont déjà perdants. Les gens qui n'ont pas de titres de propriété en bonne et due forme vont sans doute être chassés. Les détails des accords fonciers sont généralement tenus secrets, si bien qu'on ne sait pas s'ils prévoient des garanties pour les populations locales ».

«S'il s'agissait d'une négociation entre partenaires égaux, cela pourrait être une bonne chose », commente Duncan Green, directeur de recherche chez Oxfam, « mais le problème, c'est que, dans cette ruée vers les terres, aucune place n'est accordée aux petits exploitants.» (Photo)

Le Temps

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