L'indécision de nos politiciens fait dériver l'Occident vers le modèle japonais

Tout le monde le sait : les dirigeants de l’Ouest ne veulent plus prendre aucune décision difficile, et en conséquence, le système politique occidental est devenu incapable de prendre les mesures qui s’imposent pour sortir de la crise et permettre la croissance pour les années futures. Le monde a déjà connu cette situation, rappelle The Economist. Depuis que la bulle économique du Japon a éclaté, il y a une vingtaine d’années,  ses dirigeants ont fait bonne figure et procrastiné, à tel point que la paralysie politique du Japon lui a été plus dommageable que ses excès des années 80.

Les désaccords en Europe et aux Etats Unis, quoique tous les deux basés sur un problème d’endettement, sont très différents. La crise de l’euro pose le problème de la solvabilité de certains des pays qui en font partie. Aux Etats Unis, les tensions sont purement politiques, et proviennent de membres du Congrès qui veulent embarrasser Barack Obama. Mais les deux cas de figure ont un point commun : le refus de leurs protagonistes de regarder la réalité en face. Les politiciens européens, guidés par Angela Merkel, n’ont pas voulu admettre que la Grèce avait fait faillite, et que les pays du Nord de l’Europe devront payer, que ce soit en finançant des plans de sauvetage, ou en sauvant leurs banques, largement exposées. Le plan de sauvetage qu’ils viennent de mettre en place permettra de réduire les dettes de la Grèce, mais pas assez pour lui permettre de s’en sortir, et tôt ou tard, la Grèce, ou d’autres pays périphériques, auront besoin d’un nouveau plan de sauvetage. Comme au Japon, les politiciens ont échoué à adopter des réformes structurelles pour permettre de générer de la croissance.

Aux Etats Unis, Obama a tergiversé avant de s’attaquer au problème de l’augmentation des coûts de prise en charge des baby boomers bientôt à la retraite, que les recettes d’impôts insuffisantes et une fiscalité compliquée ne permettront de couvrir. Le Président américain croyait aussi qu’il pourrait imposer davantage les riches, mais les Républicains ont brisé ses rêves en rejetant toutes les mesures qu’il a proposées dans ce sens.

Sur les deux continents, on retrouve les clivages politiques qui ont plombé le Japon. En Europe, la classe moyenne s’accroche désespérément à ses privilèges, tandis que des millions d’autres connaissent le chômage ou des emplois précaires. En Europe comme en Amérique, les syndicats du secteur public font blocage. Et bien sûr, partout, on retrouve la division entre les générations des plus âgés qui revendiquent des avantages qu’ils prétendent avoir gagnés, et celles des jeunes qui devront être mis à contribution pour les payer. Une autre source du problème vient aussi des structures politiques, avec des politiciens en butte à des oppositions puissantes et de plus en plus réticents à prendre des décision en rupture avec les souhaits de leur électorat.

Mais les choses ne sont pas condamnées pour autant. Depuis 2009, le Congrès américain a voté la réforme de la sécurité sociale, et un package de stimuli pour la relance économique. Hors de la zone euro, dans les pays baltes et au Royaume Uni, des politiciens ont mis rapidement en place des politiques d’austérité. Les politiciens de l’Europe doivent non seulement opérer une restructuration des pays de la périphérie, mais aussi réformer sérieusement leurs économies, en éliminant le copinage, la corruption et les inefficacités qui entravent la croissance. Les Démocrates américains doivent accepter les coupes budgétaires et les Républicains, les augmentations d’impôts.

(Photo : Attributionpar iMorpheus )

  • Source:The Economist
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