Norvège : on ne peut pas avoir le pétrole, l'argent du pétrole, et le sourire de la crémière

Butter

Les Norvègiens se sont illustrés un peu avant les fêtes de Noël avec une absurde pénurie de beurre. Mais comment expliquer cette péripétie économique dans un pays ouvert sur l’extérieur, membre de l’espace économique européen, également l’un des plus riches du monde (la Norvège est classée 3ème en PIB par habitant, derrière le Luxembourg et le Liechtenstein), s’est demandé Matthew Yglesias de Slate? Parce qu’une coopérative laitière nationale, Tine, détient un monopole sur le marché intérieur des produits laitiers, et qu’elle a été délibérément protégée de la concurrence internationale par des barrières à l’importation. Le gouvernement a d’ailleurs un peu abaissé les taxes à l’importation pour résoudre cette crise du beurre.

Bien sûr, ce sont des lobbies qui sont à l’origine de la protection du marché intérieur norvégien, mais pas seulement. L’économie de la Norvège, comme celle des pays de l’OPEP, est caractérisée par l’excédent commercial issu de l’exploitation des ressources de son sol, pétrole et gaz naturel. Or, une telle spécialisation peut être très dangereuse pour un petit pays : avec l’augmentation de ses revenus, sa devise s’apprécie, ce qui conduit à une perte de compétitivité des exportations des autres denrées. On parle alors de « maladie hollandaise », parce que c’est ce qui s’est produit pour la Hollande dans les années 1960, lorsqu’elle a exploité ses gisements de gaz. Cette appréciation de la monnaie a pour effet de déprécier les importations, et de nuire à la compétitivité des entreprises nationales. 

Pour y remédier, le gouvernement peut décider de redistribuer les revenus issus de ses ressources, mais ne dépendre que des seuls transferts de l’Etat n’est pas forcément bien vécu. En outre, cela détourne le pays de développer son économie et son capital humain pour lui assurer un avenir lorsque ces ressources naturelles seront taries. Certains pays de l’OPEP ont ainsi commencé à constater ce phénomène.

Avec ses monopoles, la Norvège cherche donc à préserver la survivance d’autres secteurs économiques à côté du secteur pétrolier. En outre, elle place une grande fraction des revenus de cette industrie dans un fond de pension gouvernemental qui investit uniquement hors de Norvège, et dont le but est « d’assurer et de protéger l’aisance financière pour les générations à venir ». D’une certaine manière, le gouvernement a donc choisi de renoncer à doter la population de niveaux de vie plus élevés pour protéger son avenir. Grâce à ses investissements exclusivement étrangers, il évite le surenchérissement de la couronne norvégienne et il maintient ainsi la compétitivité internationale de la Norvège.

On peut donc s’amuser des conséquences que cette pénurie de beurre, et des malheureux contrebandiers russes arrêtés aux frontières, mais il ne faut pas perdre de vue que cet épisode est le reflet des décisions économiques qui ont privilégié la protection de l’avenir plutôt que la jouissance immédiate et totale des bénéfices d’une richesse naturelle limitée.

  • Source:Slate
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