Pourquoi les quatre piliers économiques du monde s'effondrent sous leur propre poids

Depuis la fin de la Guerre Froide, le monde repose sur quatre piliers principaux, dont les fondements se fragilisent à vue d’œil, écrit Thomas Friedman dans le New York Times.

Ils devraient être reconstruits, et la façon dont nous le ferons déterminera ce qui se passera à l’avenir pour nos portefeuilles, estime-t-il.

Quels sont ces quatre piliers ?

  1. Le Moyen-Orient, qu’il surnomme le robinet de pétrole du monde. Après la Tunisie, l'Egypte et le Yémen, la Libye rejoint la liste des pays qui ont expulsé leur dictateur. Car le modèle basé sur des rois ou des dictateurs militaires qui détournent les recettes du pétrole à leur profit, et qui se protègent par des armées et des services dé sécurité, devient intenable. Grâce à internet et aux réseaux sociaux, les jeunes Arabes peuvent voir comment l’on vit dans les autres pays et ils ne peuvent plus accepter sans rien faire le manque de perspectives auquel leur pays les condamne. Mais il faudra du temps pour que ces sociétés, qui n’ont connu qu’une poigne de fer, mettent au point leur propre contrat social.
  2. Plus au nord, l’Europe et la zone euro avaient un peu trop idéalisé la faisabilité d’une monnaie unique avec des politiques fiscales différentes. Aujourd’hui, le rêve a laissé place au réalisme des dettes creusées par les Etats Providence qui n’ont jamais eu les recettes pour financer leurs dépenses, et qui ont eu massivement recours à l'endettement auprès des banques européennes. L’Europe du Nord doit maintenant porter secours à celle du Sud (les PIIGS) et il est peu probable que l'Allemagne, dont une grosse partie des exportations sont à destination des autres pays de la zone euro, accepte d’en sortir. Mais peut-on imposer davantage d’austérité budgétaire, et accentuer la récession, alors que la révolte a commencé à envahir les rues de Londres, et qu'elle pourrait gagner d’autres pays ? D’une manière ou d’une autre, l’Union Européenne devra se réduire sur le plan économique ou politique, ce qui pourrait conduire à un processus chaotique que les marchés n’ont pas encore sanctionné et quantifié.
  3. Le modèle chinois est bâti sur une devise délibérément sous-évaluée, et une croissance tirée par les exportations, avec une consommation domestique limitée, et une épargne élevée. Le Parti communiste a mis au point le marché suivant avec le peuple : notre pouvoir, contre vos emplois et la croissance de votre niveau de vie. Mais ce chantage est maintenant menacé : le chômage qui s’éternise sur les marchés américains et européens et la réduction de la demande en produits chinois qu’il entraîne fait vaciller le modèle chinois basé sur des exportations bon marché. La Chine doit aussi faire face à un autre enjeu : celui de sa démographie. D’un couple épargnant pour un enfant unique, les Chinois doivent passer à un enfant unique payant pour plusieurs retraités. Pour accomplir ce changement, la Chine doit passer d’une économie manufacturière de copie de brevets à une économie de services et d’innovation, ce qui ne pourra pas se faire sans assouplir les lois et accorder plus de liberté, ce que le peuple commence timidement à réclamer.
  4. Quant à l’Amérique, elle a été prospère sur les décennies passées grâce à un modèle s’appuyant largement sur la consommation à crédit, dans laquelle la classe moyenne était la locomotive, à coup de sub-primes, de crédit facile à obtenir, d’éducation et d’innovation. Tout cela est maintenant compromis, et pour sortir de l’impasse, il faut inventer une nouvelle politique avec des coupes budgétaires, des augmentations d’impôts, des réformes fiscales et des investissements dans l’infrastructure et l’éducation, la recherche et la production. Si les deux partis américains ne trouvent pas de terrain d’entente, les choses continueront d’empirer.

Quand le monde est secoué d’autant de changements en même temps, dans un contexte de chômage et d’économies affaiblies, l’Amérique, le pilier le plus important, se doit d’être encore plus solide. « Si nous ne parvenons pas à nous concerter pour agir ensemble, ce qui requerra l’action collective normalement réservée pour les guerres, nous n’allons pas seulement prolonger la crise américaine, mais nous allons alimenter une crise internationale », conclut-il. 

 

  • Source:The New York Times
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