Pourquoi l'Europe n'a plus de vrais leaders ?

La succession d’échéances électorales au sein des pays de l’Union Européenne s’avère très affaiblissante pour le processus de décision des 27. Angela Merkel en Allemagne, et Nicolas Sarkozy, en France, viennent d’essuyer des résultats défavorables à de récentes élections. Au Portugal, le premier ministre socialiste, José Sócrates, a démissionné lorsque le parlement a refusé de valider sa politique d’austérité. Silvio Berlusconi a des ennuis avec la justice pour une affaire de mœurs. José Luis Rodríguez Zapatero est dorénavant impopulaire en Espagne. Au Danemark, en Finlande, en Suède et en Hollande, les partis anti-Europe ont le vent en poupe. Et en Belgique, nous nous sommes contentés d’un gouvernement provisoire depuis bientôt un an.

Ces derniers temps, les sommets européens ressemblent de plus en plus à un hôpital rempli de bras cassés, et même de patients alités en phase terminale, écrit Charlemagne dans The Economist, et ce n’est pas étonnant que l’Europe échoue à trouver des remèdes à ses crises de dette souveraine.

Cependant, la confrontation avec les enjeux nationaux et les échéances électorales ont toujours fait la pluie et le beau temps en Europe. L’année dernière, des décisions de fermeté budgétaires d’une dureté sans précédent ont été prises.

Alors, pourquoi les dirigeants européens sont-ils aussi affaiblis ? D’une certaine manière, une certaine fatigue politique commence à se faire jour. Berlusconi est dans son troisième mandat de premier ministre. M. Socrates et Mme Merkel sont en place depuis six ans. La crise a secoué tous les pays, qu’ils soient les prêteurs ou ceux à qui l’on demande de mener des politiques d’austérité très sévères. Mais d’autres phénomènes sont à l’œuvre : les partis traditionnels sont affaiblis avec le déclin des politiques fondées sur les classes sociales. La classe ouvrière européenne a été décimée avec la mondialisation et les partis chrétiens ont été emportés par le déclin de l'Eglise. Le communisme a disparu en même temps que le Mur de Berlin.

La fragmentation et les désillusions ouvrent des brèches dans lesquelles de plus petits partis s’engouffrent, qu’ils soient Verts, régionaux, ou populistes d’extrême droite. Et cette atomisation rend difficile l’établissement d’une majorité de gouvernement, d’autant plus qu’une fois en place, les leaders perdent rapidement leur popularité, ainsi que l’a démontré Peter Mair de l'Institut universitaire européen de Florence. Et ce d’autant plus parce que leurs décisions sont prises à Bruxelles. C’est l’immobilisme.

Comment changer cet état de fait ? Les institutions de Bruxelles pourraient renforcer l'influence des parlements nationaux dans leur processus de décisions pour augmenter la démocratie au sein des 27. Les dirigeants politiques doivent comprendre que leurs électeurs réagissent de façon moins tribale qu’autrefois, ils sont plus critique et détectent les hypocrisies. Si M. Sarkozy changeait moins d’avis, si Mme Merkel était un peu moins sujette à la panique, M. Zapatero plus convaincant et si M. Berlusconi tenait moins d’un bouffon, l'Europe serait moins handicapée, conclut Charlemagne.

  • Source:The Economist
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