Quand les malheurs des banques européennes font le bonheur des investisseurs américains...

« Lorsque personne ne veut couler, c’est là que l’on peut faire des investissements extraordinaires ». Ce commentaire, émis par Nathaniel M. Zilkha, co-head du special situations group chez Kohlberg Kravis, une firme d’investissement américaine, illustre bien un nouvel épisode de la crise de la dette. Alors que le vieux continent est aux prises avec la crise financière la plus grave depuis les années 1930, des sociétés financières américaines se saisissent d’opportunités d’affaires en Europe, que les banques européennes ne peuvent plus gérer elles-mêmes. Les établissements européens, poussés par la réglementation à réduire leurs totaux de bilan, s’apprêtent à se délester de près de 3.000 milliards de dollars d’actifs sur les prochains 18 mois, selon une estimation de Morgan Stanley. Cette situation réduit leur capacité à octroyer des prêts, déjà mise à mal par la crise de liquidités.

Ainsi, ce mois-ci, 3 banquiers du bureau de Londres de Kohlberg Kravis, se sont rendus en Grèce pour examiner le dossier de crédit d’une société privée qui ne parvient pas à obtenir de capitaux pour financer sa croissance avec les banques locales. Kohlberg Kravis recherche aussi des dossiers en Espagne et au Portugal. Le Groupe Blackstone, une autre société internationale d’investissements et de gestion d’actifs, s’est mis d’accord avec la Commerzbank, laquelle recherche 5,3 milliards de capitaux propres pour la mi-2012 pour satisfaire à la réglementation, pour lui racheter 300 millions de dollars de valeurs de son portefeuille immobilier, dont cinq hôtels situés dans des villes américaines. C’est loin d’être un cas isolé.

Google, de son côté, a racheté l’immeuble Montevetro à Dublin, qui appartenait auparavant à l’Agence nationale irlandaise de gestion d’actifs, qui l’avait acquis lors du sauvetage d’une banque par le gouvernement. Le mois dernier, Wells Fargo a acquis 3,3 milliards de prêts immobiliers couvrant des propriétés commerciales aux Etats Unis, et qui étaient auparavant détenues par l’Anglo Irish Bank. Et au cours du dernier trimestre, Morgan Stanley, dont les bénéfices sont en recul, a augmenté ses prêts auprès d’emprunteurs européens.

Les experts estiment que ces affaires vont se multiplier jusqu’à ce que les banques européennes parviennent à trouver les 114 milliards d’euros que l’Autorité Bancaire Européenne leur a demandé de trouver pour juin. Pour les banques américaines, les actifs en question peuvent être risqués, et ces affaires peuvent tenir du coup de poker, comme celui que MF Global avait engagé en faveur de banques européennes, avant de faire faillite le 31 octobre dernier,

« Il y a clairement une restructuration et une diminution des institutions européennes », affirme Timothy J. Sloan, chief financial officer chez Wells Fargo. « Et beaucoup des actifs dont elles se défont sont situés aux Etats Unis. Nous gardons nos yeux et nos oreilles ouvertes pour trouver les situations qui conviennent ». 

  • Source:The New York Times
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