Réformer la France, c'est possible?

La France n’a pas le moral. Elle se classe dernière dans les sondages d’optimisme pour 2011 (15% de réponse "mieux" à la question : "Pensez-vous que 2011 sera mieux ou pire que 2010 ?"), derrière les Afghans ou les Irakiens. Malgré ses récentes victoires diplomatiques, et l’intervention en Libye, Nicolas Sarkozy, son président, est au plus bas dans les sondages, avec 22% d’opinion favorable le mois dernier, plus bas que ne l’étaient les présidents précédents. A l’extrême droite, Marine le Pen, qui condamne l’immigration et l’Islam, trouve une audience de plus en plus favorable.

Le problème, c’est que les Français n’y croient plus. Ils ne pensent pas leurs politiciens capables d’améliorer quoi que ce soit. L’économie se relève lentement de la crise, avec une augmentation attendue de 1.7% du PIB, comparé à 2.5% pour l’Allemagne. Le chômage frôle les 10%, frappant surtout les jeunes, et le déficit public l’année dernière représentait 7.7% du PIB. Les classes moyennes sont bercées avec la promesse que le modèle français, basé sur une taxation très lourde, leur fait profiter d’un des systèmes sociaux les plus généreux du monde, mais les fins de mois sont de plus en plus difficiles. Le pays semble englué dans le pessimisme et l’asthénie.         

Le Parti Socialiste promet de rétablir l’âge de la retraite à 60 ans (plus récemment, il a proposé 62 ans), et propose d’augmenter le protectionnisme au sein de l’Europe pour combattre la mondialisation. Mme le Pen propose que la France abandonne l’euro, et mette en place des contrôles aux frontières. M. Sarkozy a récemment affirmé à des sidérurgistes son souhait de protéger l’industrie (alors qu’elle ne représente que 13% des emplois), et de la défendre contre la mondialisation. De tout ceci, il ressort une impression de conservatisme irrémédiable de la classe politique française.

Les Français, eux, semblent constamment en révolte, prêts à sévir dans une nouvelle grève générale, telle que celle que la réforme des retraites a provoquée, et qui a attiré pas moins de 3.5 millions de personnes dans les rues.

Et pourtant, tandis qu’une partie de la France faisait fronde, la loi a été entérinée, presque facilement. L’émotion passée, tout le monde s’est remis au travail. Finalement, les manifestations et les démonstrations de rejet sont pour beaucoup une manière de faire état d’une frustration plus générale. Mais le passage de la loi témoigne également d’un autre phénomène : l’existence d’une France silencieuse, qui est peut-être celle à laquelle Sarkozy s’adresse, en fin de compte. Une France prête au changement, qui n’est pas syndiquée, est connectée au reste du monde, et déplore le recours systématique à la grève de ses compatriotes. C’est la France des commerçants et artisans qui se lèvent tôt, d’une force de travail avec une productivité horaire qui dépasse celle de l’Allemagne et de la Grande Bretagne, et qui attire les capitaux externes (la France est classée troisième destination des investissements directs en 2010). C’est aussi celle des groupes internationaux prestigieux, comme L’Oréal, Michelin, LVMH, qui profitent à plein de la mondialisation.

De nouvelles têtes font leur apparition dans le monde des affaires : des startups relativement récentes, mais qui ont su très vite se tailler des succès légendaires, comme Priceminister, Meetic, ou Ventes-privées.com. "Nous sommes au commencement d’une révolution", affirme Jacques Antoine Granjon, qui dirige cette dernière. "Les Français sont très entrepreneurs, très créatifs. Ce que nous faisons donne le signal aux jeunes que tout est possible". Il prévoit de déployer ventesprivées.com en Europe. 

 

  • Source:The Economist
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