S'abstenir de donner des informations sensibles n'est pas mentir

Depuis le début de la crise financière en Europe, les marchés financiers ont été ébranlés par une multitude d’allocutions de personnalités des différentes instances, banques centrales, gouvernements, ministres, qui sont venues compliquer l’élaboration d’une stratégie cohérente pour les investisseurs. Mais au moins, ils étaient informés de ce qui se passait.

Cependant, une nouvelle étape vient d’être franchie : le porte-parole de Jean-Claude Juncker, premier Ministre du Luxembourg qui dirige l’eurogroupe, a nié qu’une réunion des ministres des Finances avait eu lieu à Luxembourg le 6 mai dernier. Quelques jours plus tard, il l’a reconnu, et expliqué qu’il avait reçu l’instruction ne pas en parler pour ne pas troubler les marchés.

Bien sûr, les autorités ont parfois de bonnes raisons de ne pas révéler des informations dont la nature peut mettre en danger le système financier. Mais s’abstenir de divulguer une information et diffuser un mensonge sont deux choses différentes, et dans le cas de cette réunion, aucune raison ne peut le justifier.

M. Juncker, véritable vétéran de l’euro, s’est vanté lors d'une conférence à Bruxelles d’avoir menti à plusieurs reprises au cours de sa carrière. Cependant, le mensonge risque d’entamer la confiance que les investisseurs ont de l’eurogroupe.

Dans le contexte de crise de l’euro, il semble normal que les dirigeants européens souhaitent se réunir à portes closes. Mais ils devraient appliquer ce que le philosophe anglo-irlandais Edmund Burke avait appelé « l’économie de la vérité » : au lieu de mentir, ils pourraient se contenter d’indiquer que ces réunions ont lieu, mais sans révéler la teneur des négociations.

(Photo Flickr / 'EPP Congress Bonn') 

 

  • Source:Financial Times
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