Un parallèle entre Fukushima et la crise financière

Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz établit un parallèle entre le désastre de la centrale nucléaire et la crise économique. Dans les deux cas, et alors que des experts nous ont assuré que des technologies récentes avaient permis d’éliminer le risque, les faits les ont fait mentir.

Des gourous de la finance nous ont fait croire que leurs instruments innovants permettaient une répartition du risque sur toute l’économie. Non seulement ces cygnes noirs que l’on supposait rares semblent se produire à chaque décennie, mais, pire, les ravages qu’ils occasionnent sont bien plus importants que ceux anticipés, et ils surpassent en coûts les bénéfices que leur négligence a permis d’encaisser. En réalité, nous avons trop peu de données empiriques pour prévoir ces évènements. Ce système qui collectivise les pertes et privatise les gains est voué à mal gérer les risques, estime Joseph Stiglitz.

Le système financier repose largement sur des instances externes. Les agences de notation sont payées par les banques et ont intérêt à gommer les risques des actifs qu’elles décrivent ; les organismes qui octroient les prêts ne supportent pas les conséquences de leurs abus. Même si les risques sont contrôlables, il y a fort à parier que politiquement, personne ne se risquera à inciter à ces contrôles. De plus, la façon dont cette crise financière a été gérée nous remet en risque : les prises de risques ont été réduites, mais les prêts toxiques et les couvertures avec des produits dérivés obscurs se poursuivent. Les incitations à prendre des risques excessifs n’ont pas changé.

De même, tandis que l’Allemagne a fermé ses plus vieilles centrales nucléaires, celles des Etats Unis et d’autres parties du monde, de conception similaire à celle de Fukushima, continuent de fonctionner. Enfin, au niveau planétaire, nous courrons le risque du réchauffement qui provoquera, à terme, un changement climatique. Les coûts de réduction des émissions sont pourtant bien faibles par rapport aux risques encourus.

« Ceux qui jouent à Las Vegas perdent plus qu’ils ne gagnent », conclut le Prix Nobel. « Notre société joue, avec nos grosses banques, avec nos centrales nucléaires, avec notre planète. Comme à Las Vegas, le petit nombre de chanceux – les banquiers qui ont mis notre économie en risque et les propriétaires des compagnies d’énergie qui mettent notre planète en risque – peuvent s’en aller avec une fortune. Mais en moyenne et presque certainement, notre société, comme tous les joueurs, perd. »

 

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