"Une partie de l’économie belge fonctionne grâce à de l’endettement, voire du surendettement"

Dette

Pour l'économiste Philippe Defeyt, la hausse des prix de l'énergie, de l'alimentation et des loyers sont des facteurs provoquant l'augmentation de la pauvreté dans notre pays.

Les grandes différences dans le monde du travail en ce qui concerne le plan des avantages en nature en font qu'accroître l'inégalité au sein de la société belge.

Interrogé par la RTBF, Philippe Defeyt, économiste et président du CPAS de Namur constate que "les enquêtes montrent qu’un certain nombre de personnes qui font les soldes ‘en profitent’ pour s’endetter, ou en tout cas pour épuiser les maigres épargnes qu’elles ont pu accumuler au cours de l’année, ou au cours des dernières semaines. On se rend bien compte aujourd’hui qu’une partie du moteur de l’économie fonctionne grâce à de l’endettement, voire du surendettement. Et ce n’est probablement pas une bonne solution, ni pour la durabilité économique, ni pour la durabilité sociale".

Selon un rapport récent de la Commission européenne, le risque qu'un Belge tombe dans la pauvreté se situe à 20,8%. Philippe Defeyt souligne que ce chiffre concerne "les personnes qui, en Belgique, vivent dans un ménage qui répond à au moins un des trois critères suivant : soit des ménages en-dessous du seuil de pauvreté, soit des ménages qui vivent dans des conditions matérielles précaires extrêmes (par exemple ne pas avoir de chauffage), ou enfin des ménages composés uniquement de chômeurs. Ces trois critères ne se recouvrent pas : on peut par exemple être pauvre tout en vivant dans un logement social de qualité. Ou encore, on peut travailler tout en étant en-dessous du seuil de pauvreté, je pense par exemple aux nombreuses femmes qui travaillent en titres-services à temps partiel tout en ayant des enfants à charge".

Philippe Defeyt rappelle que la pauvreté peut augmenter même si les revenus de la population augmentent. Pour celui-ci, trois types de dépenses ont augmenté fortement durant ces dernières années, il s’agit du loyer dans le secteur privé, de l'énergie et du prix de l'alimentation. Ces augmentations vont alimenter la précarité de ceux qui ne sont pas considérés comme officiellement pauvres. Pour Philippe Defeyt, la Belgique est un pays riche ayant accumulé beaucoup d'épargne mais la redistribution des richesses laisse à désirer par rapport à ce qu'elle était dans le passé.

"Les CPAS wallons sont inquiets", explique encore Philippe Defeyt. Les CPAS craignent de voir un public jeune plus nombreux et qui reste plus longtemps suite à la transformation du stage d'attente en stage d'insertion. Les CPAS craignent de voir un nombre élevé de personnes qui malgré leur revenu en parviennent pas à boucler leurs fins de mois. Enfin, Philippe Defeyt conclut : "Si on ne parvient pas à augmenter les revenus des CPAS, nous craignons par-dessus tout de devoir dire à quelqu’un qu’on ne peut pas l’aider parce que nous n’avons pas assez de moyens (financiers ou humains) pour le faire. Ce serait nier la fonction principale des CPAS : être le dernier recours pour les personnes qui sont vraiment en difficulté, pour leur éviter de tomber encore plus bas".

  • Source:RTBf.be
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