Comment devenir un as de la mémorisation?

La meilleure mémoire du monde, comme celle des champions des compétitions de mémoire, n’est pas innée, mais acquise. Le champion de la mémoire Joshua Foer, auteur de « Moonwalking with Einstein: The Art and Science of Remembering Everything » explique comment procéder dans un article du New York Times.

Ce serait le poète Simonide de Céos qui aurait découvert ce procédé de mémorisation au 5ème siècle av. JC. Après l’effondrement d’un mur lors d'un banquet dont il était le seul survivant, on a demandé à Simonide de donner le nom des victimes ensevelies dans les débris. Lorsque le poète a fermé les yeux pour reconstruire le pan de mur en ruine dans son imagination, il s’est rendu compte qu’il se souvenait parfaitement de la place de chaque convive. De cette simple observation, Simonide a compris il aurait tout mémorisé ce jour-là, et en a tiré son « art de la mémoire » : presque tout peut être imprimé dans nos mémoires, et conservé en bon ordre, simplement en construisant un édifice dans l’imagination, et en le remplissant des choses dont il faut se souvenir. On peut se rendre dans cet édifice imaginaire à n’importe quel moment par la suite, et il est voué à devenir un palais du souvenir.

Le principe sous-jacent à la plupart des techniques de mémorisation, c’est que notre cerveau ne se rappelle pas toujours aussi bien de tous les types d’information. Nos mémoires aussi ont évolué avec le processus de la sélection naturelle. Et de même que notre goût pour le sucre et les corps gras nous a aidés à survivre dans un monde où la nourriture était rare, mais devient inadéquat dans le monde moderne où elle abonde, nos mémoires ne conviennent plus vraiment pour l’ère de l’information dans laquelle nous sommes entrés. Nos ancêtres chasseurs-cueilleurs n’avaient pas à soucier des noms des douzaines d’individus rencontrés lors d’une cocktail-party, et ils devaient plutôt devoir se souvenir de l’emplacement de la nourriture et du gibier, ce qui explique notre talent pour les souvenirs visuels ou spatiaux.

Dans Rhetorica ad Herennium, le but est de prendre le type de souvenirs que notre cerveau prend mal en charge pour les convertir en des souvenirs du type pour lesquels il est le plus adapté. Il est conseillé de créer des images mémorables pour vos palais : les plus drôles, grotesques, ou bizarres possibles. (nous nous souvenons mieux de ce qui est étrange ou qui échappe à la régularité, la banalité).

Les personnes qui ont du talent pour se souvenir des choses sont capables de se dépeindre une scène tellement hors du commun dans leur esprit qu’elles ne peuvent l’oublier, et elles savent le faire très rapidement. Par exemple, au jeu de cartes, on peut associer à chaque carte l’image d’une célébrité exécutant une activité ridicule - et de ce fait mémorable - sur un objet banal. Lorsqu’il faut se souvenir des cartes dans l’ordre, ces images mémorisées sont mélangées et recombinées pour former de nouvelles scènes inoubliables.

  • Source:The New York Times
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