L'anxiété par choix

La psychologue Maya Tamir de l’université hébraïque de Jérusalem a fait subir un test à 47 étudiants, leur demandant s’ils stressaient facilement, puis leur présentant une liste de tâches, certaines difficiles (prononcer un discours, ou passer un examen), d’autres plus faciles (faire la vaisselle), et leur demandant quelles émotions ils préfèreraient ressentir avant d’accomplir les tâches en question. Les plus névrosés choisissaient davantage l’anxiété avant de se livrer à une tâche difficile. Et lorsqu’on leur demandait ensuite de résoudre des anagrammes, ils les résolvaient plus facilement que les névrosés qui avaient évoqué des émotions plus optimistes.

Une autre psychologue, Brett Ford de l’Université de Denver, a mesuré les émotions de 139 étudiants à qui elle a administré des questionnaires, et a regroupé ces étudiants dans trois populations : le groupe "peur" des anxieux, "colère" pour les irascibles et "bonheur" pour les plus joyeux. Quelques mois plus tard, les mêmes étudiants eurent à choisir des émotions dans une liste, et étonnamment, les membres du groupe "peur" souhaitaient être anxieux.

En fait, Kent Berridge de l’Université du Michigan a découvert que vouloir et aimer sont gérés par deux types de neurotransmetteurs distincts ; on peut souhaiter ressentir une émotion pour son utilité même si elle est déplaisante. Le psychiatre Harris Stratyner de l’Ecole new-yorkaise de médecine du Mont Sinaï, évoque quant à lui la réelle addiction à l’anxiété qu’il a observée chez certaines personnes : "Des personnes se rendent dépendantes de l’anxiété parce que c’est l’état qu’elles ont toujours connu. Lorsqu’elles se sentent calmes, elles s’ennuient, elles se sentent vides à l’intérieur. Elles veulent se sentir anxieuses."

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