Le suicide et le travail

La sociologie du suicide, si elle enrichit la connaissance des sociétés modernes, donne peu d'explications aux suicides individuels ou en séries. Il semble cependant que dans les sociétés où la lutte pour la survie est une nécessité, le suicide soit au plus bas. La misère protège, mais les misères individuelles des sociétés modernes sont vues comme des exceptions.

Dans les années 60, les agriculteurs détiennent le record des suicides en France, l'exode rural se précipite.
Dans les années 70, ce sont les ouvriers qui détiennent la palme.
Récemment, les employés ont rejoint les ouvriers, car la précarisation et la flexibilité ont accru le stress au travail. Les nouvelles formes de management, le chômage, l'isolement, le manque de reconnaissance, et le stress, sont les causes d'une hausse des tensions. Les inactifs et les retraités détiennent le record actuel du suicide. Le travail a un sens, non seulement dans le moment présent, mais également dans la perspective d'une vie.

Le Royaume-Uni et les Etats-Unis, où la compétitivité et la valorisation de la productivité individuelle sont la norme, connaissent un taux de suicide relativement bas, contrairement à la France et aux pays du Nord de l'Europe. Les suicides sur le lieu de travail, rares, ont valeur de protestation. De quoi s'interroger sur le sens à donner au travail et éviter de le réduire à une simple source de revenus individuels.
Christian Baudelot et Roger Establet sont sociologues, auteurs de "Suicide, l'envers de notre monde", Seuil, 2006.

[Source: Le Monde]

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