Les leçons de Super Mario, World of Warcraft et les autres...

L’évocation d’un jeu vidéo évoque, pour beaucoup de personnes, le stéréotype du jeune homme un peu gras, confiné seul dans une chambre sombre, entouré des débris de pizzas, les yeux rivés sur son écrans, avec, pour seule activité, la manipulation frénétique d’un joystick, comme s’il en allait de sa vie. Mais l’auteur de “Reality Is Broken: Why Games Make Us Better and How They Can Change the World” (la réalité brisée : Pourquoi les jeux nous rendent meilleurs et comment ils peuvent changer le monde), Jane McGonigal, qui conçoit elle-même des jeux vidéos, pense que ce préjugé induit à l’erreur, et elle voit au contraire beaucoup de bénéfices à prendre dans le jeu vidéo.

Les jeux collaboration qui se jouent à plusieurs permettent de répondre à la nécessité de faire partie d'un groupe. L'exemple le plus convaincant en est World of Warcraft, un jeu collectif d’épées et de sorcellerie en ligne, joué par 11 millions de personnes dans le monde. Le consiste à rendre votre personnage de plus en plus puissant, en lui faisant accomplir une série presque infinie de missions, seul ou comme au sein de groupes étroitement coordonnés. Beaucoup ont remarqué que ce jeu ressemblait à un véritable travail comportant des tâches plutôt ingrates. Pourtant, grâce à l’interaction sociale et le flot constant de récompenses valorisantes et virtuelles qu’il propose, les participants acceptent volontiers de dépenser environ 30 millions d'heures-homme laborieuses chaque jour dans le monde de Warcraft, pour un coût d'environ 10 dollars par mois et par joueur.

Beaucoup y voient une addiction, mais elle ne partage pas ce point de vue. Les jeux d'ordinateur, explique-t-elle, aident les joueurs à se sentir bien et sont à bien des égards plus gratifiants que le monde réel : les tâches sont plus claires et plus faciles à gérer, les retours sont instantanés et les récompenses (qui sont entièrement virtuelles, et donc totalement gratuites) sont rapides et nombreuses.

Les conseillers en gestion, qui ont longtemps réfléchi à la question de savoir comment motiver les travailleurs, pourraient étudier comment Blizzard Entertainment, qui développe World of Warcraft, parvient conserver ses joueurs heureux et productifs. Nike applique les principes du développement des jeux pour encourager les gens à se mettre en forme, le journal The Guardian y a eu recours pour stimuler ses lecteurs à sonder les câbles Wikileaks, et même par une école en Amérique les a utilisés pour motiver ses élèves.

Mme McGonigal a certainement encore du chemin à parcourir pour abattre le monde de scepticisme qu’elle se propose d’affronter avec son ouvrage, et pourtant, son idée centrale, selon laquelle les jeux offrent toute une gamme de leçons pour le monde réel et vice-versa, vaut bien la peine qu’on y réfléchisse.

  • Source:The Economist
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